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À Daegu, le marché de Chilseong entre dans l’après viande de chien : dernier été d’un commerce en mutation en Corée du Sud

À Daegu, le marché de Chilseong entre dans l’après viande de chien : dernier été d’un commerce en mutation en Corée du S

Un marché traditionnel de Daegu au cœur d’un tournant historique

Dans le nord de Daegu, grande métropole industrielle du sud-est de la Corée du Sud, le marché de Chilseong traverse une période charnière qui dépasse largement les frontières locales. À l’approche de la fin du délai de transition prévu par la loi sud-coréenne sur l’éradication progressive de la consommation de viande canine, les commerçants de ce marché historique vivent ce que beaucoup décrivent déjà comme leur dernier été d’activité dans ce secteur.

Selon les observations réalisées sur place le 16 juin 2026, les étals encore ouverts proposent toujours des plats traditionnellement associés à la viande de chien, consommés depuis des décennies dans certains segments de la population coréenne, notamment sous forme de soupes censées apporter de la vigueur durant les périodes de fortes chaleurs estivales. Mais l’ambiance n’est plus celle d’une continuité tranquille : elle ressemble davantage à une transition en cours, presque suspendue entre deux époques.

Le marché de Chilseong n’est pas un lieu anodin. Comme les Halles ou certains marchés populaires en France ayant traversé les transformations urbaines, il concentre une mémoire sociale, des habitudes alimentaires anciennes et une économie de proximité aujourd’hui confrontée à des changements structurels rapides.

Ce que l’on observe ici ne se limite pas à une simple évolution de menus. C’est un basculement culturel, juridique et économique, où l’État, les consommateurs et les commerçants ne progressent pas au même rythme.

La fin programmée d’une pratique controversée en Corée du Sud

La Corée du Sud a engagé ces dernières années un processus législatif visant à mettre fin à la consommation et à la commercialisation de viande canine. Ce choix s’inscrit dans une évolution plus large des sensibilités liées au bien-être animal, mais aussi dans une volonté d’alignement avec les standards internationaux, notamment dans un contexte où le pays s’affirme comme puissance culturelle globale à travers la K-pop, les séries télévisées et le cinéma.

Dans les grandes villes coréennes comme Séoul ou Busan, la consommation de viande de chien avait déjà fortement reculé depuis plusieurs décennies, devenant marginale et socialement de plus en plus stigmatisée. Toutefois, certains marchés traditionnels, notamment dans des zones urbaines anciennes comme Chilseong à Daegu, ont conservé cette activité, souvent portée par une clientèle âgée et fidèle.

Pour un public français, il est utile de rappeler que cette transition n’est pas sans équivalent en Europe, même si les contextes diffèrent. La France elle-même a connu, au fil du temps, des évolutions dans ses pratiques alimentaires et ses débats sur les abattoirs, la chasse, ou encore la consommation de certaines espèces animales autrefois plus courantes dans l’alimentation populaire. Mais le cas coréen se distingue par la charge symbolique particulière associée à la modernisation rapide du pays depuis les années 1960.

La loi actuelle prévoit une période transitoire permettant aux commerçants de réorienter leur activité. C’est précisément cette phase qui se joue aujourd’hui à Chilseong.

Dans les allées de Chilseong : entre fidélité des clients et incertitude des commerçants

Sur place, l’atmosphère est contrastée. Certains établissements continuent d’accueillir des clients venus spécifiquement pour consommer les plats traditionnels associés à la viande de chien, notamment des soupes servies en période estivale. Ces clients sont majoritairement des habitués, souvent issus de générations plus âgées, pour qui ces plats sont associés à des souvenirs familiaux et à des habitudes alimentaires ancrées.

Mais à quelques mètres de là, les commerçants évoquent déjà l’après. Plusieurs d’entre eux expliquent envisager une reconversion progressive vers des plats plus largement acceptés dans la société contemporaine coréenne, comme la soupe de poulet ginseng (samgyetang) ou le galbitang, une soupe de côtes de bœuf très populaire.

L’un des restaurateurs interrogés résume une inquiétude partagée : la transition ne garantit pas automatiquement la survie économique. Même si les nouveaux plats appartiennent à la même catégorie culturelle des “aliments de restauration énergétique”, la clientèle n’est pas forcément la même. Les habitudes ne se transforment pas par décret.

Ce décalage entre la norme juridique et la réalité économique est un phénomène bien connu en Europe, notamment lors des transformations réglementaires dans les secteurs de l’agriculture, du tabac ou de l’alcool, où les producteurs doivent souvent s’adapter à de nouvelles attentes sociales tout en conservant leur viabilité économique.

Les commerces fermés : un paysage de transition silencieuse

Une partie du marché de Chilseong est déjà marquée par des signes visibles de déclin. Plusieurs boutiques sont fermées, leurs vitrines poussiéreuses laissant apparaître des ustensiles de cuisine abandonnés et des espaces figés dans le temps.

Ces lieux vides racontent une histoire silencieuse : celle d’une activité économique qui se retire progressivement sans disparition brutale, mais par contraction lente. Dans les marchés traditionnels, qu’ils soient en Asie ou en Europe, les fermetures successives ne sont jamais uniquement économiques. Elles traduisent aussi des changements de modes de vie, de régimes alimentaires et de structures sociales.

À Chilseong, ces espaces inoccupés deviennent des marqueurs visibles d’un changement plus large. Ils signalent que l’activité liée à la viande de chien ne disparaît pas d’un seul coup, mais recule sous l’effet combiné de la loi, de la pression sociale et de la transformation des habitudes de consommation.

Pour les commerçants restants, cette présence du vide est aussi un rappel constant : le marché tel qu’ils l’ont connu est en train de se redéfinir.

Un décalage entre la loi et les habitudes alimentaires

L’un des enseignements majeurs de cette transition est le décalage entre la vitesse des réformes politiques et celle des comportements sociaux. Même lorsque la législation est claire, les habitudes alimentaires évoluent lentement.

À Chilseong, la majorité des clients présents continuent de commander les plats traditionnels. Cela illustre une réalité bien connue des sociologues : les pratiques alimentaires sont parmi les comportements sociaux les plus résistants au changement, car elles sont liées à l’identité, à la mémoire et aux rituels familiaux.

En Corée du Sud, la consommation de viande de chien a longtemps été associée à une logique de “boisson tonique alimentaire”, particulièrement durant les périodes de chaleur intense. Cette logique, comparable dans une certaine mesure aux traditions européennes des pot-au-feu ou des bouillons nourrissants en hiver, s’inscrit dans une vision fonctionnelle de la nourriture.

Mais cette perception est aujourd’hui concurrencée par de nouvelles normes : sensibilité accrue au bien-être animal, influence internationale, urbanisation rapide et évolution des générations plus jeunes, beaucoup moins enclines à consommer ces produits.

De la soupe de chien au samgyetang : la recomposition des menus

Face à l’échéance de la fin du délai légal, les commerçants du marché de Chilseong explorent activement des alternatives culinaires. Les plats les plus souvent mentionnés sont déjà bien établis dans la gastronomie coréenne : le samgyetang, soupe de poulet au ginseng, et le galbitang, soupe de côtes de bœuf.

Ces choix ne sont pas anodins. Ils traduisent une stratégie d’adaptation : rester dans la même catégorie symbolique de la nourriture “réconfortante” ou “fortifiante”, tout en s’alignant sur des normes alimentaires désormais acceptées par le grand public et par les réglementations en vigueur.

Cette logique de substitution est comparable à ce que l’on a pu observer dans d’autres contextes internationaux, lorsqu’un produit ou une pratique devient progressivement marginalisée : les acteurs économiques tentent d’en préserver l’esprit tout en changeant la forme.

Mais les commerçants eux-mêmes restent prudents. Le passage à de nouveaux menus ne garantit pas la fidélité de la clientèle historique, souvent attachée à des goûts et à des habitudes difficiles à reproduire.

Une question de société au-delà de l’alimentation

Le cas du marché de Chilseong dépasse largement la seule question alimentaire. Il met en lumière une tension plus large dans la société sud-coréenne contemporaine : celle entre traditions locales et intégration dans un cadre globalisé de normes sociales et éthiques.

La Corée du Sud est aujourd’hui un acteur majeur de la culture mondiale. La K-pop, les séries coréennes et le cinéma ont construit une image moderne et influente du pays. Dans ce contexte, certaines pratiques traditionnelles sont réévaluées à travers un regard international, parfois critique.

Pour les lecteurs français et francophones, cette situation peut rappeler certains débats européens sur la chasse, l’élevage intensif ou encore les transformations des marchés alimentaires traditionnels face à la réglementation européenne et aux attentes sociétales.

Dans tous les cas, le marché de Chilseong illustre une réalité universelle : les sociétés changent leurs pratiques alimentaires non seulement par choix individuel, mais aussi sous l’effet combiné des lois, des marchés et des sensibilités culturelles.

Conclusion : un été de transition sous tension

À Daegu, le marché de Chilseong vit un moment suspendu. Entre les derniers clients fidèles, les commerçants en pleine reconversion et les boutiques déjà fermées, se dessine un paysage de transition qui n’est ni totalement terminé ni pleinement commencé.

Ce dernier été d’activité dans le secteur de la viande de chien ne se résume pas à une disparition. Il marque plutôt une recomposition profonde d’un espace commercial et culturel, où se croisent mémoire, économie et transformation sociale.

Dans les mois à venir, le marché devra se redéfinir. Et au-delà du cas coréen, c’est une question plus large qui se pose : comment une société contemporaine négocie-t-elle la fin de certaines traditions sans rompre brutalement les équilibres humains et économiques qui les accompagnaient ?

Le marché de Chilseong, en ce mois de juin 2026, n’apporte pas encore de réponse définitive. Mais il en expose déjà toutes les tensions.

Source: Original Korean article - Trendy News Korea

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