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À l’UNESCO, Joshua de Seventeen porte la voix d’une jeunesse mondiale bien au-delà de la K-pop

À l’UNESCO, Joshua de Seventeen porte la voix d’une jeunesse mondiale bien au-delà de la K-pop

Une prise de parole très symbolique au cœur de Paris

Dans le grand hall du siège de l’UNESCO, à Paris, les prises de parole ont d’ordinaire le ton des grands rendez-vous diplomatiques, éducatifs ou culturels. C’est précisément ce qui donne un poids particulier à l’intervention de Joshua, membre du groupe sud-coréen Seventeen, venu s’adresser à un public de jeunes à l’occasion de la cérémonie marquant le programme mondial de soutien à la jeunesse « Going Together ». Le geste n’a rien d’anecdotique. Voir un artiste de K-pop prendre la parole dans l’un des lieux les plus institutionnels de la coopération internationale dit quelque chose de l’époque : la culture populaire sud-coréenne n’est plus seulement un phénomène de consommation musicale, elle s’invite désormais dans les conversations globales sur la créativité, le bien-être et la capacité des nouvelles générations à transformer le monde.

Pour un public francophone, cette image a une portée particulière. Paris, ville des institutions culturelles et du débat intellectuel, n’est pas seulement une capitale de la mode ou du tourisme ; elle demeure aussi un carrefour où se définissent des visions du monde. Que l’un des représentants les plus connus de la scène pop coréenne s’y exprime, non pour annoncer une tournée ou un album, mais pour parler de confiance, d’incertitude et d’action collective, témoigne d’un déplacement du centre de gravité de la Hallyu, cette « vague coréenne » qui, depuis plus de vingt ans, diffuse séries, musiques, films et imaginaires venus de Corée du Sud. La Hallyu n’est plus seulement une exportation culturelle brillante ; elle devient aussi un langage d’intervention publique.

Joshua s’exprimait au nom de Seventeen, groupe nommé ambassadeur de bonne volonté pour la jeunesse auprès de l’UNESCO. Ce statut mérite d’être expliqué. Il ne s’agit pas d’un simple titre honorifique adossé à la popularité d’un artiste. Dans la logique des organisations internationales, une telle fonction consiste à porter des messages capables de toucher des publics éloignés des cadres institutionnels classiques, en particulier les jeunes. La force de la K-pop, ici, n’est pas simplement d’attirer des regards ; elle réside dans sa capacité à convertir l’attention en écoute, puis l’écoute en adhésion autour de sujets qui dépassent la scène.

Le décor parisien donne aussi une profondeur supplémentaire au moment. Dans une Europe souvent traversée par le doute sur l’avenir de sa jeunesse, entre précarité, fatigue sociale et défi écologique, le fait qu’un artiste venu d’Asie s’adresse à la nouvelle génération en insistant sur le collectif résonne d’une manière singulière. Cette parole trouve un écho aussi bien chez les étudiants français confrontés à l’incertitude que chez de nombreux jeunes d’Afrique francophone, engagés dans des réalités parfois plus fragiles encore, mais porteurs de projets, d’inventivité et d’aspirations transnationales.

Le mot-clé du discours : « ensemble »

Le cœur du message de Joshua tenait en un mot simple, presque évident, mais devenu rare dans un monde saturé par la compétition et l’hyperindividualisme : ensemble. Dans son intervention, il a rappelé que les treize membres de Seventeen avaient eux aussi traversé des périodes d’incertitude. Le rappel est important. La réussite mondiale de la K-pop est souvent racontée sous l’angle de la performance parfaite : chorégraphies millimétrées, records d’albums, tournées gigantesques, discipline de fer. Or Joshua a choisi de ne pas parler d’abord du triomphe, mais du chemin, et surtout des doutes qui l’accompagnent.

Ce choix de récit n’est pas neutre. Dans le monde médiatique contemporain, les figures de la pop ont souvent tendance à apparaître comme des modèles de réussite achevée. En assumant publiquement l’idée que Seventeen a connu l’incertain, Joshua introduit une forme de vulnérabilité maîtrisée qui change la nature du message. Il ne s’adresse pas aux jeunes depuis un piédestal, mais depuis une expérience partagée. Cette manière de parler rappelle, dans un autre registre, certaines prises de parole d’artistes européens qui ont su transformer leur trajectoire en récit collectif. La différence, ici, est que la parole vient d’un groupe dont l’identité repose profondément sur la dynamique d’équipe.

Seventeen occupe d’ailleurs une place particulière dans l’univers de la K-pop. Formé de treize membres, le groupe est connu non seulement pour son ampleur, mais aussi pour son organisation interne en unités spécialisées, pour la solidité de sa cohésion et pour sa longévité dans une industrie réputée impitoyable. Dans un secteur où de nombreux groupes se défont rapidement sous la pression du marché, Seventeen s’est imposé comme un exemple de continuité. Lorsque Joshua affirme que l’on peut aller plus loin ensemble, il ne délivre donc pas une formule abstraite ; il s’appuie sur une expérience concrète, celle d’un collectif qui a dû tenir dans la durée.

Pour un lectorat français ou africain francophone, l’idée parle immédiatement. On la retrouve aussi bien dans les trajectoires associatives que dans les scènes artistiques locales, des collectifs de danse urbaine de Seine-Saint-Denis aux incubateurs culturels de Dakar, de Casablanca ou d’Abidjan. Dans beaucoup d’espaces francophones, la créativité naît moins de l’individu solitaire que de la force du groupe, du réseau, du « faire avec ». C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le message de Joshua dépasse le cercle des fans : il rejoint un vocabulaire universel de la solidarité active.

« Going Together » : quand la K-pop s’adosse à un programme pour la jeunesse

La cérémonie parisienne célébrait le programme « Going Together – For Youth Creativity and Well-Being », mené avec l’UNESCO. Derrière l’intitulé, il faut voir un projet structuré autour de trois idées essentielles : offrir des ressources, créer des opportunités et accompagner les jeunes par le mentorat. Autrement dit, on ne parle pas seulement d’inspiration, mais de dispositifs concrets destinés à permettre à des idées de se transformer en actions réelles. La nuance est décisive. Trop de discours sur la jeunesse se contentent d’exalter l’énergie ou le potentiel des nouvelles générations sans leur donner les moyens d’agir. Ici, l’ambition affichée est de considérer les jeunes comme des acteurs du changement, non comme de simples bénéficiaires de politiques symboliques.

Dans son intervention, Joshua a insisté sur ce point en expliquant que le programme vise précisément à aider les jeunes à convertir leurs idées en changements significatifs. Le vocabulaire employé importe. Il ne s’agit ni de charité, ni de communication d’image. On parle de créativité, de bien-être, de ressources et de trajectoires. Ce champ lexical correspond à une évolution plus large des organisations internationales, qui cherchent de plus en plus à penser la jeunesse dans sa globalité : non seulement comme un enjeu d’emploi ou d’éducation, mais comme une force culturelle, sociale et civique.

Le terme de « well-being », traduit de façon imparfaite par « bien-être », mérite à lui seul qu’on s’y arrête. Dans le contexte coréen comme dans le contexte mondial, il recouvre davantage qu’un confort personnel ou qu’une simple santé mentale. Il désigne un équilibre plus large entre aspirations, environnement, sécurité émotionnelle et capacité à se projeter dans l’avenir. Pour de nombreux jeunes, notamment depuis la pandémie et l’accélération des crises économiques et climatiques, cette question est devenue centrale. Qu’un groupe de K-pop y soit associé n’est pas surprenant : l’industrie coréenne a souvent été célébrée pour son excellence, mais elle est aussi régulièrement interrogée sur les pressions qu’elle fait peser sur les artistes. En s’engageant sur ce terrain, Seventeen participe à une conversation mondiale sur les conditions dans lesquelles on crée, on travaille et on grandit.

Cette articulation entre culture et politique de la jeunesse pourrait inspirer bien des institutions francophones. En France, où l’on débat sans cesse de l’accès à la culture, de l’éducation artistique ou de la place des jeunes dans l’espace public, l’exemple de « Going Together » montre qu’un programme crédible ne se limite pas à une opération de visibilité. Dans de nombreux pays d’Afrique francophone, où les industries créatives se développent rapidement malgré des financements insuffisants, la question de l’accompagnement, du mentorat et des réseaux internationaux est tout aussi déterminante. Le cas Seventeen-UNESCO rappelle qu’un projet culturel peut aussi être un levier de structuration sociale.

Seventeen, ou l’élargissement du récit mondial de la Hallyu

Depuis plusieurs années, la Hallyu s’est imposée comme l’un des phénomènes majeurs de la mondialisation culturelle. Les dramas coréens occupent les plateformes, les films sud-coréens remportent des prix prestigieux, les produits de beauté coréens s’installent dans les rayons européens, et la K-pop remplit des stades. Pourtant, l’image dominante reste souvent celle d’un soft power séduisant, élégant, hautement calibré. La séquence parisienne de l’UNESCO ajoute une couche supplémentaire à ce récit : elle montre une K-pop qui ne se contente plus d’être performative, mais qui cherche à s’inscrire dans des cadres internationaux de légitimation morale et sociale.

Il serait naïf de nier la dimension stratégique d’un tel mouvement. Toute grande industrie culturelle cherche à élargir son influence et à donner du sens à son rayonnement. Mais réduire l’événement à une simple opération d’image serait tout aussi insuffisant. Dans le cas de Seventeen, le lien entre message public et identité artistique apparaît relativement cohérent. Le groupe a bâti une partie de son succès sur l’idée de travail collectif, de fidélité à une dynamique d’équipe et de proximité émotionnelle avec ses publics. La prise de parole de Joshua réinvestit ces codes dans un autre espace, celui des institutions internationales.

C’est là que se joue peut-être le plus intéressant. Pendant longtemps, les artistes pop ont été invités dans les arènes diplomatiques comme des figures d’appoint, chargées d’apporter notoriété et glamour à des causes préexistantes. Désormais, certains d’entre eux deviennent de véritables passeurs de langage entre les institutions et les jeunes publics mondialisés. La K-pop, grâce à sa dimension transnationale, multilingue et fortement connectée, est particulièrement bien placée pour cela. Les fandoms, souvent caricaturés, constituent des communautés capables de circuler entre engagement émotionnel, mobilisation numérique et intérêt pour des causes sociales.

Dans le cas francophone, cette mutation est observée avec attention. Les lecteurs de France connaissent déjà le poids de la culture coréenne dans les pratiques adolescentes et jeunes adultes. Mais en Afrique francophone aussi, l’intérêt pour la Corée du Sud s’est considérablement renforcé ces dernières années, qu’il s’agisse de musique, de séries, de mode ou d’apprentissage de la langue. Les réseaux sociaux ont accéléré cette proximité. Lorsqu’un membre de Seventeen parle depuis Paris à la jeunesse mondiale, il s’adresse autant aux jeunes de Lyon et de Bruxelles qu’à ceux de Cotonou, de Yaoundé ou de Tunis. C’est cela, au fond, la grammaire contemporaine de la Hallyu : un discours né en Corée, formulé en anglais, entendu dans une institution française, puis réapproprié dans des contextes très différents.

Une parole qui dépasse le fandom sans l’effacer

Il serait erroné d’opposer l’univers des fans et celui des enjeux publics. La force de l’intervention de Joshua tient justement au fait qu’elle relie les deux. Les admirateurs de Seventeen, connus sous le nom de Carats, y verront naturellement une extension de ce qu’ils aiment déjà dans le groupe : l’esprit d’équipe, la persévérance, l’affection entre les membres, la conviction que l’on avance mieux ensemble. Mais la scène gagne une autre densité dès lors qu’elle s’inscrit dans le cadre de l’UNESCO. Le vocabulaire de l’encouragement se transforme en vocabulaire de l’engagement.

Dans beaucoup de cultures populaires contemporaines, la communauté de fans n’est plus seulement une base de consommation. Elle devient un espace d’interprétation, parfois de solidarité, souvent de circulation de valeurs. C’est particulièrement vrai dans la K-pop, où les fandoms ont développé des pratiques d’organisation impressionnantes, allant de la collecte de fonds à la traduction collaborative de contenus. Ce savoir-faire collectif trouve une résonance presque naturelle avec un programme qui valorise la créativité et l’action des jeunes. Le discours de Joshua n’efface donc pas la dimension affective du phénomène Seventeen ; il la redirige vers un horizon plus civique.

Cette articulation intéresse aussi les observateurs européens, qui cherchent depuis plusieurs années à comprendre pourquoi la K-pop suscite un attachement si fort. La réponse ne réside pas seulement dans la qualité des productions ou dans la virtuosité scénique. Elle tient aussi à une manière de produire du lien, de proposer des récits de résilience et de travail collectif dans un monde perçu comme fragmenté. En cela, la parole de Joshua est révélatrice : elle prend appui sur l’émotion, mais refuse de s’y enfermer. Elle parle à la fois à celles et ceux qui suivent chaque sortie du groupe et à ceux qui voient dans cette intervention un symptôme plus large des recompositions culturelles en cours.

Le choix de souligner l’incertitude vécue par le groupe est, de ce point de vue, particulièrement habile. Il évite l’écueil d’une rhétorique triomphaliste, parfois mal reçue par des jeunesses qui se sentent déjà sommées de réussir. En disant, en substance, que même un groupe mondialement reconnu a connu le doute, Joshua rétablit une forme de continuité entre l’exceptionnel et l’ordinaire. C’est une manière de rappeler que le collectif n’est pas seulement un outil de performance, mais aussi un refuge contre la fragilité.

Pourquoi cette scène compte aussi pour les jeunesses francophones

Le moment parisien de l’UNESCO touche à quelque chose de très concret pour les jeunes francophones. Dans de nombreux pays, la jeunesse a le sentiment d’être abondamment invoquée et insuffisamment écoutée. On lui demande de s’adapter, d’innover, de se former, de croire en l’avenir, tout en lui offrant souvent un horizon encombré par l’inflation, les inégalités, l’épuisement démocratique ou les fractures territoriales. Dans ce contexte, les discours qui font sens sont rarement ceux qui promettent des miracles ; ce sont ceux qui reconnaissent la difficulté et proposent des points d’appui.

En France, l’idée de collectif a retrouvé une centralité nouvelle, qu’on l’observe dans les mobilisations étudiantes, dans les coopératives culturelles ou dans les nouvelles formes de création numérique. En Afrique francophone, cette dimension est encore plus visible dans des écosystèmes où l’entraide, les réseaux et les solidarités intergénérationnelles jouent un rôle décisif dans les parcours. Le message porté par Joshua trouve donc un terrain de réception favorable : il parle d’un avenir qui ne se construit pas seul, mais avec d’autres, à travers la confiance, le mentorat et l’ouverture des possibles.

La présence de Seventeen à l’UNESCO rappelle aussi que la reconnaissance internationale peut venir de lieux inattendus. Dans l’imaginaire francophone, la légitimité culturelle a longtemps été distribuée selon des hiérarchies très marquées entre culture savante et culture populaire. Voir un groupe de K-pop investi d’un rôle dans une institution aussi emblématique contribue à bousculer ces clivages. Cela ne signifie pas que tout se vaut, mais que les formes culturelles les plus populaires peuvent aussi devenir des vecteurs crédibles de réflexion collective.

Enfin, cette scène confirme que la K-pop est entrée dans une nouvelle maturité. Elle n’est plus seulement un objet d’enthousiasme adolescent ou un indicateur de puissance culturelle coréenne. Elle devient l’un des langages par lesquels se pensent les trajectoires de la jeunesse mondiale. Pour Seventeen, le passage par Paris et par l’UNESCO n’est donc pas seulement un moment de prestige ; c’est une manière d’installer son récit dans un espace plus vaste, où la musique rencontre la responsabilité symbolique.

Il restera, bien sûr, à voir ce que produiront concrètement dans la durée les dispositifs associés à « Going Together » et comment l’appui aux projets de jeunes sera poursuivi ou approfondi. Mais une chose est déjà acquise : dans ce grand hall parisien où se décident d’ordinaire des programmes et des orientations, un membre de Seventeen a rappelé que la jeunesse n’a pas besoin qu’on parle seulement d’elle. Elle a besoin qu’on lui donne les moyens d’avancer, et qu’on lui dise, sans emphase inutile, que l’avenir se construit mieux à plusieurs. Dans le vacarme d’un monde fragmenté, le message a quelque chose de simple, presque classique. Et c’est peut-être pour cela qu’il porte si loin.

Source: Original Korean article - Trendy News Korea

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