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À Jeju, les dirigeants économiques sud-coréens placent l’intelligence artificielle au cœur de la prochaine transformation industrielle

À Jeju, les dirigeants économiques sud-coréens placent l’intelligence artificielle au cœur de la prochaine transformatio

Le grand rendez-vous estival du patronat coréen s’ouvre sur l’urgence de l’ère IA

Sur l’île volcanique de Jeju, destination touristique emblématique de la Corée du Sud souvent comparée à certaines îles méditerranéennes pour son rôle de refuge et de villégiature, les dirigeants économiques du pays ont choisi de consacrer leur grand rendez-vous annuel à une question qui dépasse désormais le seul secteur technologique : comment transformer la manière même de travailler à l’ère de l’intelligence artificielle.

Le Forum de Jeju de la Chambre de commerce et d’industrie de Corée, organisé cette année pour sa 49e édition, a ouvert ses travaux à l’hôtel Shilla de Jeju, dans le quartier de Saekdal-dong à Seogwipo. Pendant quatre jours, environ 500 représentants du monde économique sud-coréen, issus aussi bien des grands groupes que des petites et moyennes entreprises, participent à cette rencontre considérée comme l’un des principaux forums estivaux du patronat coréen.

Pour un public francophone, cet événement peut être rapproché des grands rendez-vous économiques européens où chefs d’entreprise, responsables institutionnels et acteurs industriels se réunissent pour analyser les mutations à venir. Mais le Forum de Jeju possède une particularité culturelle : en Corée du Sud, il constitue un moment stratégique où l’écosystème économique national échange de manière informelle et prospective sur les défis qui définiront la prochaine décennie.

Cette année, le thème dominant est clair : l’intelligence artificielle n’est plus perçue comme une simple innovation technologique, mais comme un changement profond dans l’organisation des entreprises, comparable aux grandes vagues de transformation qu’ont été l’industrialisation puis la révolution numérique.

Le message de Chey Tae-won : l’IA ne doit pas seulement être adoptée, elle doit changer l’entreprise

Lors de son discours d’ouverture, Chey Tae-won, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Corée et également dirigeant du groupe SK, a insisté sur une idée centrale : la réussite ne dépendra pas uniquement de l’achat de nouveaux outils d’intelligence artificielle, mais de la capacité des entreprises à repenser leur façon de fonctionner.

« Nous sommes un pays qui a transformé les vagues de l’industrialisation et de l’informatisation en opportunités », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que l’intelligence artificielle représentait une nouvelle occasion que la Corée ne devait pas manquer. Selon lui, les entreprises doivent aller au-delà de l’introduction de solutions numériques et reconstruire leurs méthodes de travail afin de convertir cette évolution technologique en nouveau moteur de croissance.

Cette approche rappelle une tendance observée également en Europe : l’IA générative, les agents autonomes et l’automatisation intelligente ne produisent des résultats importants que lorsque les organisations adaptent leurs processus internes. Une entreprise qui conserve exactement les mêmes structures hiérarchiques, les mêmes circuits de décision et les mêmes habitudes professionnelles risque de ne tirer qu’un bénéfice limité de ces technologies.

Le message du dirigeant coréen dépasse donc la question des logiciels ou des infrastructures informatiques. Il concerne la culture d’entreprise, la circulation de l’information, la rapidité de décision, la coopération entre équipes et la relation avec les clients. Autrement dit, l’intelligence artificielle devient un sujet de management autant qu’un sujet technologique.

Pourquoi la Corée du Sud considère l’IA comme une nouvelle étape historique

La référence faite par Chey Tae-won à l’industrialisation et à l’informatisation n’est pas anodine. Elle renvoie à l’histoire économique particulière de la Corée du Sud, passée en quelques décennies d’une économie en développement à une puissance industrielle et technologique mondiale.

Après la guerre de Corée, le pays a construit sa croissance autour d’une stratégie industrielle ambitieuse. Les grands conglomérats familiaux, appelés « chaebols », tels que Samsung, Hyundai ou SK, ont joué un rôle majeur dans cette transformation en développant l’électronique, l’automobile, la construction navale ou encore les semi-conducteurs.

La seconde grande mutation est venue avec la révolution numérique. La Corée est devenue l’un des pays les plus connectés au monde, avec une infrastructure internet avancée et une forte adoption des nouvelles technologies par les consommateurs et les entreprises.

L’intelligence artificielle représente aujourd’hui une troisième phase de transformation. Contrairement aux précédentes révolutions, elle ne concerne pas uniquement les usines ou les infrastructures techniques. Elle touche directement les activités intellectuelles : recherche et développement, analyse financière, service client, création de contenus, gestion des ressources humaines et prise de décision stratégique.

Pour Séoul, l’enjeu est donc de conserver un avantage compétitif dans une économie mondiale où les États-Unis, la Chine et l’Europe investissent massivement dans l’IA. Le Forum de Jeju montre que les entreprises coréennes cherchent à transformer leur rapidité d’adaptation historique en nouvel atout stratégique.

Un dialogue entre grands groupes et PME face aux défis de la transition

L’un des éléments les plus significatifs du Forum de Jeju réside dans la diversité des participants. Les discussions ne concernent pas uniquement les géants industriels sud-coréens. Des dirigeants de petites et moyennes entreprises participent également à cette réflexion collective.

Cette dimension est essentielle car la transformation par l’intelligence artificielle ne représente pas le même défi pour toutes les organisations. Les grands groupes disposent généralement de ressources financières importantes, d’équipes de recherche et de départements spécialisés capables d’expérimenter rapidement de nouvelles technologies.

Les PME, qui constituent une partie importante du tissu économique coréen, rencontrent davantage d’obstacles : coût des solutions numériques, manque de spécialistes en IA, difficulté à identifier les usages réellement utiles et nécessité de former les employés.

La présence simultanée des grandes entreprises et des PME lors de ce forum illustre une préoccupation commune : la compétitivité future ne dépendra pas seulement des performances de quelques leaders mondiaux, mais de la capacité de tout l’écosystème économique à évoluer.

Cette problématique trouve un écho particulier en France et dans plusieurs pays africains francophones, où la question de la diffusion de l’intelligence artificielle auprès des entreprises de taille intermédiaire et des entrepreneurs locaux devient également centrale. L’accès aux compétences, aux infrastructures numériques et au financement sera déterminant pour éviter une fracture entre entreprises avancées et organisations moins préparées.

Jeju, un symbole de réflexion stratégique plutôt qu’une simple rencontre professionnelle

Le choix de Jeju comme lieu du forum possède une dimension symbolique. L’île, connue internationalement pour ses paysages volcaniques classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, est depuis longtemps associée aux conférences, aux rencontres diplomatiques et aux échanges stratégiques.

Organiser un événement économique majeur dans un environnement éloigné du rythme quotidien de Séoul permet aux dirigeants de prendre du recul. Le format de quatre jours favorise davantage les discussions de fond qu’une simple conférence ponctuelle consacrée à des annonces immédiates.

Dans la culture économique coréenne, ces moments de rassemblement jouent un rôle important. Les relations professionnelles reposent souvent autant sur la confiance construite dans la durée que sur les contrats formels. Les forums deviennent ainsi des espaces où les responsables peuvent comparer leurs analyses, identifier des tendances communes et préparer des coopérations futures.

La 49e édition du Forum de Jeju confirme cette fonction historique. Depuis près d’un demi-siècle, cette rencontre accompagne les grandes étapes de l’économie sud-coréenne, depuis l’expansion industrielle jusqu’à la mondialisation des entreprises nationales.

L’enjeu mondial : transformer l’IA en avantage économique durable

Au-delà du cas sud-coréen, le message porté à Jeju reflète une interrogation mondiale. Toutes les grandes économies cherchent aujourd’hui à comprendre comment utiliser l’intelligence artificielle pour améliorer leur productivité sans provoquer de déséquilibres sociaux ou organisationnels majeurs.

Pour les entreprises européennes, africaines ou asiatiques, la question est similaire : comment passer d’une phase d’expérimentation à une véritable intégration stratégique ? L’utilisation d’un assistant IA dans quelques services ne suffit pas. La véritable transformation implique de revoir les méthodes de production, la formation des salariés et les modèles économiques.

La Corée du Sud possède plusieurs avantages dans cette compétition : une industrie technologique puissante, une population fortement familiarisée avec le numérique et une longue expérience d’adaptation rapide aux changements économiques. Mais elle doit également relever des défis importants, notamment la formation des talents et l’accompagnement des entreprises plus petites.

Le Forum de Jeju apparaît ainsi comme un indicateur des priorités du capitalisme coréen. Le pays ne présente pas l’intelligence artificielle uniquement comme un outil permettant de réduire les coûts, mais comme une occasion de reconstruire son modèle de croissance.

Une nouvelle étape pour la stratégie économique coréenne

L’ouverture du Forum de Jeju 2026 envoie un signal clair : les dirigeants économiques sud-coréens considèrent l’intelligence artificielle comme une transformation structurelle comparable aux grandes mutations qui ont façonné leur pays.

L’événement ne se limite pas à célébrer les progrès technologiques. Son ambition est de répondre à une question plus profonde : comment une économie qui a bâti son succès sur l’industrie et le numérique peut-elle continuer à créer de la valeur dans un monde dominé par l’IA ?

La réponse défendue à Jeju repose sur un principe simple mais exigeant : la technologie seule ne suffit pas. Ce sont les organisations, les compétences humaines et les modes de collaboration qui détermineront les gagnants de cette nouvelle révolution économique.

Pour les observateurs internationaux, ce forum constitue donc un aperçu précieux de la manière dont l’un des pays les plus avancés d’Asie prépare l’après-numérique. La Corée du Sud cherche désormais à transformer l’intelligence artificielle non pas en simple outil supplémentaire, mais en nouvelle architecture de son économie.

Source: Original Korean article - Trendy News Korea

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