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Avec son spin-off d’« Undercover Chef », tvN inverse le voyage culinaire et mise sur la force des liens tissés entre la Corée, l’Italie et la Chine

Avec son spin-off d’« Undercover Chef », tvN inverse le voyage culinaire et mise sur la force des liens tissés entre la

Une émission culinaire coréenne qui change de sens, et sans doute de profondeur

La chaîne sud-coréenne tvN prépare pour cette année un spin-off de son programme de téléréalité culinaire « Undercover Chef », avec une idée simple en apparence, mais particulièrement révélatrice de l’évolution des formats de divertissement coréens : cette fois, ce ne sont plus les chefs coréens qui partent apprendre à l’étranger, mais les aînés de cuisine rencontrés dans les restaurants de Parme, Naples et Chengdu qui viendront en Corée du Sud. Le titre définitif n’a pas encore été annoncé, pas plus que la date de diffusion précise, mais le concept central est désormais connu, et il suffit déjà à mesurer ce qui se joue dans cette nouvelle déclinaison.

Dans la version originale, plusieurs chefs reconnus en Corée, dont Sam Kim, Jung Ji-sun et Kwon Sung-jun, avaient accepté de mettre entre parenthèses leur notoriété pour intégrer incognito des cuisines étrangères comme simples commis, autrement dit comme les plus juniors de la brigade. Le pari du programme consistait moins à fabriquer une compétition spectaculaire qu’à observer ce qui se passe lorsqu’un professionnel confirmé doit, soudain, réapprendre l’humilité, les codes d’une autre maison, le rythme d’une autre langue et la hiérarchie d’un autre pays.

Le spin-off inverse donc la trajectoire. Ce renversement n’est pas un simple gadget scénaristique. Il transforme le regard porté sur la relation. Là où l’original montrait des figures coréennes plongées dans l’altérité, la nouvelle émission promet de montrer comment cette altérité se déplace, s’invite à Séoul ou ailleurs en Corée, et recompose les rôles. Qui devient l’hôte ? Qui observe ? Qui apprend ? Qui transmet ? Dans un paysage saturé d’émissions culinaires, cette circulation des places pourrait faire la différence.

Pour un public francophone, habitué aux formats où la cuisine est souvent prétexte à l’élimination, à la tension ou au sacre d’un champion, il y a là quelque chose de plus proche du récit de voyage humain que du concours classique. On pense moins à une arène façon prime time qu’à une chronique de table et d’atelier, où le métier, le geste et la cohabitation comptent autant que l’assiette. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles ce programme s’inscrit pleinement dans la Hallyu contemporaine : une vague culturelle coréenne qui ne repose plus seulement sur la K-pop ou les séries, mais sur la capacité de la Corée à faire de ses formats de divertissement des lieux de rencontre entre cultures.

Le succès de l’original ne tient pas seulement aux audiences, mais à sa mécanique relationnelle

Selon les chiffres relayés en Corée, « Undercover Chef » a culminé à 6,2 % d’audience nationale. Dans l’univers très concurrentiel des chaînes câblées sud-coréennes, ce résultat confirme un intérêt réel du public pour le programme. Mais réduire son succès à une performance chiffrée serait manquer l’essentiel. Si tvN a jugé pertinent d’en proposer un spin-off, c’est aussi parce que l’émission a réussi à installer une dramaturgie rare : celle des liens de travail qui deviennent des liens d’estime.

Le mot « relation » revient d’ailleurs au centre des commentaires entourant ce nouveau projet. Il faut y voir un indice important sur la manière dont la télévision coréenne se reconfigure. Depuis plusieurs années, une partie des émissions de variétés sud-coréennes s’éloigne du pur dispositif de compétition pour privilégier les dynamiques de groupe, l’observation des caractères, la répétition des rencontres et la construction d’une familiarité avec le téléspectateur. Le spectateur ne revient pas seulement pour savoir qui gagne, mais pour retrouver une alchimie.

Dans « Undercover Chef », cette alchimie naissait du frottement entre statut social et réalité du terrain. Des chefs déjà installés, parfois identifiés comme des vedettes dans leur pays, redevenaient des subalternes dans des cuisines étrangères. En français, le mot « brigade » renvoie immédiatement à la tradition codifiée de la cuisine professionnelle, héritée notamment d’Auguste Escoffier, où chaque poste a sa fonction et sa place. La Corée, l’Italie, la Chine ou la France ne partagent pas les mêmes habitudes culinaires, mais elles se retrouvent dans cette idée qu’une cuisine fonctionne d’abord comme un collectif structuré, avec sa discipline, ses non-dits, ses transmissions orales et ses preuves à faire.

Le programme coréen a su capter cela sans sombrer dans la caricature du choc culturel permanent. Les barrières de langue, les malentendus, les gestes approximatifs et les corrections des collègues n’étaient pas seulement là pour faire rire. Ils permettaient de montrer ce que travailler veut dire lorsqu’on sort de sa zone de prestige. C’est précisément ce que le spin-off entend prolonger : non pas répéter la formule, mais raconter ce qu’il advient d’une relation lorsque le cadre change complètement.

Pourquoi ce renversement de perspective peut parler aux publics francophones

Vu de France, de Belgique, de Suisse romande, du Québec francophone ou de nombreux pays d’Afrique francophone, ce nouveau programme peut résonner bien au-delà du simple intérêt pour la télévision coréenne. Il met en scène une question très contemporaine : comment circulent aujourd’hui les savoir-faire, les identités professionnelles et les imaginaires culinaires dans un monde où chacun emprunte à l’autre sans cesser d’être situé quelque part ?

La cuisine coréenne est désormais beaucoup plus visible dans l’espace francophone qu’elle ne l’était il y a dix ans. Le bibimbap, le kimchi, le bulgogi ou le tteokbokki ont quitté les cercles d’initiés pour entrer dans les habitudes urbaines d’une partie du public. À Paris, Bruxelles ou Montréal, mais aussi dans des capitales africaines où la culture populaire coréenne progresse via les plateformes, la curiosité pour la Corée ne passe plus seulement par les drames télévisés ou les groupes idol. Elle passe aussi par la table, qui constitue souvent le premier contact concret avec une culture étrangère.

Dans ce contexte, voir des cuisiniers italiens et chinois découvrir la Corée de l’intérieur, après avoir eux-mêmes servi de repères à des chefs coréens chez eux, offre une forme de miroir. Ce n’est plus le récit classique du professionnel européen qui va transmettre son savoir en Asie, ni celui d’une Asie réduite à un décor exotique. C’est une circulation plus horizontale, où chacun est successivement référent puis novice. Ce déplacement a quelque chose de très actuel, à l’heure où les hiérarchies culturelles se discutent davantage qu’elles ne s’imposent.

Pour des lecteurs francophones, cette promesse de réciprocité est aussi intéressante parce qu’elle s’oppose à un certain tourisme audiovisuel. Trop souvent, les émissions de voyage culinaire consomment les différences comme des images : une épice, un accent, une rue, puis l’on passe à autre chose. Ici, le point de départ est le travail partagé. On ne visite pas simplement un pays ; on y entre par la cuisine, par la cadence d’un service, par le rangement d’un plan de travail, par la manière de donner un ordre ou d’accepter une remarque. C’est là que le programme peut trouver sa singularité.

La cuisine comme langue commune de la Hallyu

La Hallyu, souvent traduite par « vague coréenne », a longtemps été racontée en Europe à travers quelques emblèmes : la K-pop, le cinéma d’auteur, les séries à succès, puis les plateformes. Mais une nouvelle phase est en cours. La culture coréenne ne s’exporte plus seulement sous forme d’objets finis à consommer ; elle diffuse aussi des formats, des habitudes de narration, des manières d’assembler le quotidien, l’émotion et le spectacle. Les émissions culinaires participent de ce mouvement.

Le cas de « Undercover Chef » est révélateur. L’émission ne vend pas uniquement des plats, ni même seulement une image glamour du chef. Elle met en récit une vertu très valorisée dans la société coréenne contemporaine : la capacité à apprendre avec sérieux dans un cadre hiérarchisé, tout en créant des liens affectifs par le travail. Pour un lectorat francophone, il faut rappeler que la culture professionnelle coréenne reste marquée par des codes d’âge, d’ancienneté et de respect très présents. L’expression résumée dans l’article coréen par « les seniors de cuisine » renvoie à cette notion d’aîné dans le métier, à la fois guide, supérieur et parfois figure de protection ou d’exigence.

Ce type de relation peut dérouter un public européen, habitué à des relations professionnelles que l’on imagine plus horizontales, même si les cuisines françaises restent elles aussi des univers fortement hiérarchisés. En Corée, le rapport à l’aîné, au « sunbae » dans d’autres contextes sociaux ou professionnels, structure souvent les interactions. Le fait que ces aînés étrangers soient invités à venir en Corée n’a donc rien d’anodin. Cela signifie que la relation tissée n’était pas seulement fonctionnelle ; elle a acquis une valeur suffisamment forte pour justifier une nouvelle narration.

La cuisine se prête idéalement à cette circulation culturelle. Elle ne nécessite pas toujours de longs discours pour être comprise. Le goût, les expressions du visage, la précision du couteau, la tension d’un service, la fatigue en fin de journée, la satisfaction devant une assiette réussie : tout cela traverse les langues. À une époque de sous-titres automatisés, de clips courts et de consommation mondiale des contenus, la cuisine est un formidable vecteur de lisibilité émotionnelle. C’est aussi pour cela que les émissions culinaires coréennes voyagent si bien.

Parme, Naples, Chengdu, puis la Corée : une cartographie gourmande et symbolique

Le choix des villes et régions associées au spin-off mérite lui aussi qu’on s’y attarde. Parme et Naples, côté italien, ne sont pas des destinations choisies au hasard. Parme évoque immédiatement, pour un public européen, une culture gastronomique structurée autour de produits de terroir puissamment identifiés, d’un rapport à la tradition et d’une excellence artisanale. Naples, à l’inverse ou plutôt en complément, convoque l’énergie populaire, la cuisine de rue, la fierté locale, la pizza bien sûr, mais aussi une manière de faire de la table un théâtre de la ville.

Chengdu, en Chine, renvoie quant à elle à une autre école du goût, célèbre pour la complexité de ses saveurs, l’usage du piment et du poivre du Sichuan, l’équilibre entre intensité, parfum et engourdissement. Mettre ces univers en relation avec la Corée est une idée forte, car le pays dispose lui-même d’une identité culinaire marquée, fondée sur la fermentation, le piquant, les accompagnements multiples et une place centrale accordée au partage du repas.

Le spin-off pourrait ainsi offrir quelque chose de plus fin qu’un simple défilé de spécialités. Il a le potentiel de montrer comment des professionnels ancrés dans des traditions distinctes réagissent à la cuisine coréenne réelle, celle du travail quotidien, pas seulement celle des restaurants vitrines. Comment un cuisinier de Naples perçoit-il la logique d’un repas coréen composé de nombreux banchan, ces petits accompagnements servis ensemble ? Comment un professionnel venu de Chengdu lit-il la gestion du piment dans la cuisine coréenne, si présente mais différente dans ses ressorts aromatiques ? Comment des gestes appris dans des cuisines italiennes s’ajustent-ils au rythme d’une brigade coréenne ?

Pour des lecteurs francophones, ce croisement rappelle que la mondialisation culinaire n’est pas qu’une mode de restaurants fusion. C’est aussi une confrontation de méthodes, de temps de cuisson, de hiérarchies du goût, de manière de dresser, de façon de servir. Là réside peut-être le cœur du futur programme : faire sentir, sans pédanterie, que la rencontre entre cuisines est d’abord une rencontre entre façons de travailler.

Un divertissement qui raconte aussi une certaine idée du travail

La force de l’émission originale tenait au fait qu’elle n’humiliait pas ses participants pour créer du drame. Elle les remettait à leur place, ce qui est très différent. Dans le contexte des programmes culinaires, cette nuance est importante. Là où certains formats occidentaux aiment exposer l’échec, le cri ou l’autorité brutale comme moteur principal, « Undercover Chef » semblait davantage s’intéresser à la tension productive : celle qui naît lorsqu’une personne compétente doit prouver de nouveau sa valeur dans un cadre où personne ne lui doit spontanément de reconnaissance.

Le spin-off prolonge cette logique, mais avec une dimension supplémentaire. Les aînés des cuisines de Parme, Naples et Chengdu arriveront en Corée avec une légitimité acquise dans leur environnement, tout en se retrouvant dans un territoire inconnu. Ils ne seront pas exactement touristes, ni totalement experts, ni tout à fait débutants. Cette position intermédiaire est très riche narrativement. Elle permet d’observer comment se renégocie le respect lorsque l’autorité sociale habituelle ne suffit plus, et que seul le travail concret permet de retrouver ses repères.

Pour des sociétés francophones elles aussi traversées par les débats sur la transmission, l’apprentissage, la reconnaissance des métiers manuels et la valeur de l’expérience, un tel programme peut avoir un écho particulier. La cuisine professionnelle, qu’elle soit en France, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Maroc ou en Belgique, reste un monde où l’on apprend beaucoup par l’observation, la répétition et l’endurance. La télévision coréenne, en choisissant de raconter ces échanges par le prisme du lien plutôt que par celui de la domination, capte une attente du public : voir des personnes travailler ensemble sans que l’émotion soit fabriquée à gros traits.

Ce que tvN cherche à confirmer avec ce spin-off

Le producteur Hong Jin-ju a indiqué vouloir transmettre à nouveau « rire et émotion » à travers ces liens particuliers noués au-delà des frontières. La formule peut sembler convenue, mais elle donne une indication claire sur la stratégie éditoriale de tvN. La chaîne ne cherche pas seulement à capitaliser sur une marque qui a fonctionné ; elle cherche à prolonger une relation que les téléspectateurs ont déjà investie affectivement. Dans l’économie actuelle des contenus, c’est une donnée décisive.

Les spin-offs naissent souvent d’un personnage populaire, d’un décor apprécié ou d’un concept rentable. Ici, l’élément moteur semble être la continuité humaine. C’est assez rare pour être souligné. Revoir les mêmes personnes sous un autre angle produit un effet de fidélité, presque de retrouvailles. Et dans le cas d’une émission culinaire, ces retrouvailles prennent un sens supplémentaire : on se revoit non pas dans un salon de télévision abstrait, mais autour d’un travail qui avait déjà créé une confiance mutuelle.

Il y a aussi, de la part de tvN, une intuition juste sur l’état du marché international. Les contenus coréens circulent désormais très vite, et le public mondial est plus attentif qu’avant aux nuances de la production télévisuelle sud-coréenne. Une émission comme celle-ci peut séduire parce qu’elle offre autre chose que le spectaculaire attendu. Elle montre une Corée qui n’est pas seulement performante, exportatrice ou fascinante, mais réceptrice, hospitalière, capable de remettre en scène les relations nées ailleurs.

En ce sens, le futur spin-off d’« Undercover Chef » raconte quelque chose d’important sur la Hallyu version 2020 : une culture qui ne se contente plus de rayonner, mais qui organise des retours, des circulations, des réciprocités. L’Italie et la Chine n’y sont pas de simples étapes pittoresques ; elles deviennent les points d’origine d’une histoire qui se poursuit en Corée.

Une attente réelle, mais des inconnues encore nombreuses

À ce stade, plusieurs éléments restent toutefois à confirmer. Ni le titre définitif du programme ni sa date exacte de diffusion n’ont été officialisés. Le projet existe donc encore sous la forme d’une promesse éditoriale, même si son principe est clairement établi. Cette prudence est classique dans l’industrie télévisuelle coréenne, où l’on annonce parfois des concepts avant de verrouiller l’ensemble du calendrier et de la production.

La vraie question sera celle de l’équilibre. Le spin-off devra éviter deux écueils : la simple répétition nostalgique de l’original, et l’effet carte postale d’une Corée trop lisse ou trop promotionnelle. Son intérêt dépendra de sa capacité à conserver ce qui faisait la qualité du premier programme, à savoir l’attention portée aux rapports humains, aux ajustements concrets, aux petites scènes de travail qui en disent plus long qu’un grand discours sur le multiculturalisme.

Si cette promesse est tenue, l’émission pourrait trouver un public bien au-delà de la Corée. Dans l’espace francophone, où les émissions culinaires sont légion mais souvent prises au piège de leurs propres recettes, un tel format aurait de quoi intriguer. Il ne s’agirait pas seulement de regarder des plats appétissants, mais de suivre une suite relationnelle : le chapitre d’après d’une histoire commencée dans des cuisines étrangères et poursuivie sur le sol coréen.

En somme, tvN semble avoir compris une chose essentielle : ce que les téléspectateurs retiennent le plus durablement, ce ne sont pas toujours les exploits techniques ni les slogans de compétition, mais la mémoire des liens. Dans « Undercover Chef », les chefs coréens avaient appris à se faire petits pour comprendre l’autre. Dans le spin-off annoncé, ce sont les autres qui viendront à leur tour traverser l’inconnu. Cette inversion n’a rien d’anecdotique. Elle dit quelque chose de la télévision coréenne actuelle, de sa maturité narrative, et de sa capacité croissante à faire de la cuisine un langage de réciprocité. Pour les amateurs de culture coréenne comme pour les simples curieux de formats internationaux bien pensés, le rendez-vous mérite déjà d’être surveillé.

Source: Original Korean article - Trendy News Korea

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