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À Séoul, le grand chantier de Seongsu entre dans une phase décisive : pourquoi la candidature solitaire de Samsung C&T change la donne

À Séoul, le grand chantier de Seongsu entre dans une phase décisive : pourquoi la candidature solitaire de Samsung C&T c

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Un revers apparent, mais un tournant bien réel

Vu de loin, le titre peut prêter à confusion : le réappel d’offres pour le vaste projet de réaménagement urbain de Seongsu 3, dans l’est de Séoul, a de nouveau été déclaré infructueux. En France, on parlerait volontiers d’un marché public ou parapublic sans concurrence suffisante ; en Corée du Sud, le terme employé renvoie à une situation proche, mais inscrite dans le cadre particulier des grands projets de « réaménagement » portés par des associations de propriétaires. Cette fois encore, un seul groupe s’est présenté : Samsung C&T, la branche construction du conglomérat Samsung. Résultat, la procédure n’a pas permis de constituer une véritable mise en concurrence.

Pour autant, il serait trompeur d’y voir l’échec du projet. En réalité, ce deuxième appel infructueux modifie profondément la mécanique de désignation de l’entreprise chargée des travaux. Après deux tentatives sans pluralité de candidats, l’association de propriétaires du secteur peut désormais envisager une négociation de gré à gré avec l’unique participant. Autrement dit, le dossier n’est pas bloqué ; il change de voie. Dans le vocabulaire de l’urbanisme coréen, cela signifie que le projet passe d’une logique d’appel d’offres ouvert à une phase beaucoup plus ciblée, où un candidat devient de fait le partenaire principal autour duquel s’organise la discussion.

Le projet en question n’a rien d’anodin. Son coût est estimé à 1 800 milliards de wons, soit un ordre de grandeur qui le place parmi les grandes opérations de transformation de la capitale sud-coréenne. Pour un lecteur francophone, il faut imaginer un chantier qui ne se limite pas à refaire quelques immeubles, mais qui s’inscrit dans la refonte d’un quartier entier, avec des enjeux de densité, d’image, de circulation et de valeur foncière comparables à ceux que l’on observe dans les grands projets métropolitains européens.

La nuance essentielle, ici, est la suivante : Samsung C&T n’est pas encore officiellement désigné comme constructeur final. Le groupe apparaît comme le favori évident, mais la décision doit encore passer par une étape collective décisive, celle de l’assemblée générale de l’association de propriétaires. C’est elle qui, en dernier ressort, validera ou non le choix. Dans un dossier de cette ampleur, la différence entre « favori » et « confirmé » n’est pas un détail de langage ; elle dit précisément où en est le projet.

Seongsu, d’ancienne zone industrielle à nouveau front urbain de Séoul

Pour comprendre pourquoi cette opération suscite autant d’attention, il faut revenir à Seongsu. Le quartier, situé dans l’arrondissement de Seongdong-gu, est souvent présenté comme l’un des visages du Séoul en mutation. Longtemps associé aux ateliers, aux petites usines, aux entrepôts et à une activité manufacturière dense, il a progressivement changé de peau. Depuis plusieurs années, Seongsu attire des cafés conceptuels, des marques de mode, des galeries et des bureaux créatifs. Certains médias coréens l’ont comparé au Brooklyn des années 2010, comparaison un peu usée mais révélatrice d’une chose : le secteur concentre à la fois l’héritage industriel, la spéculation foncière et la promesse d’une nouvelle centralité urbaine.

Pour un lectorat français, on pourrait dire que Seongsu incarne, à sa manière, un mélange entre la reconversion des anciens faubourgs productifs et la montée en gamme de quartiers devenus désirables, comme on a pu l’observer dans certaines parties de l’Est parisien, de Londres ou de Berlin. Bien sûr, les trajectoires locales diffèrent profondément. Mais le ressort est familier : un territoire longtemps perçu comme périphérique ou purement fonctionnel devient un espace de projection pour la ville de demain.

Le « district stratégique de réaménagement » auquel appartient Seongsu 3 s’inscrit dans cette logique. En Corée du Sud, ces grands projets de réhabilitation ou de reconstruction sont souvent pilotés via des structures collectives regroupant les propriétaires fonciers et immobiliers du périmètre concerné. Ces associations, appelées en coréen « jogap », jouent un rôle central. Elles ne se contentent pas d’accompagner le projet : elles en orientent les grandes décisions, négocient avec les acteurs du BTP et arbitrent des choix qui touchent à la fois au financement, à la conception et au calendrier.

Cette gouvernance peut surprendre un public européen habitué à voir la puissance publique occuper une place plus directement visible dans les grands projets urbains. En Corée, même lorsque l’encadrement réglementaire est fort, le poids des associations de propriétaires dans la mise en œuvre concrète est déterminant. C’est pourquoi la prochaine assemblée générale sera si observée : elle représente le véritable moment de bascule entre l’hypothèse et l’engagement.

Pourquoi deux appels infructueux ne signifient pas un projet à l’arrêt

Le mot « infructueux » ou « sans suite » peut donner l’impression d’un coup d’arrêt. Dans le cas de Seongsu 3, c’est l’inverse : l’absence de concurrence ouvre une nouvelle séquence. Lors du premier appel d’offres, puis du réappel clos le 10, Samsung C&T a été la seule entreprise à se positionner. Juridiquement et procéduralement, cela ne permet pas de satisfaire l’exigence d’une compétition formelle entre plusieurs candidats. Mais après deux tentatives de ce type, l’association peut, selon les règles applicables au secteur, engager une négociation directe avec le seul acteur qui a manifesté un intérêt continu.

Ce point est capital. Beaucoup de commentaires sur les grands projets immobiliers s’arrêtent à la surface des choses, en ramenant l’épisode à une simple absence de rival face à Samsung. Or le cœur de l’affaire n’est pas seulement qu’un géant du bâtiment se retrouve seul en lice ; c’est que cette solitude répétée modifie la structure même du processus. Le dossier n’est plus dans une logique de compétition ouverte, mais dans une logique de contractualisation potentielle avec un interlocuteur identifié.

En d’autres termes, ce qui compte n’est pas uniquement le nom du candidat, mais la transformation du cadre de décision. À partir du moment où le projet entre dans la possibilité d’un contrat de gré à gré, la discussion se déplace. Elle porte moins sur la comparaison entre plusieurs offres que sur les conditions auxquelles le partenaire pressenti pourrait être retenu : modalités techniques, garanties, phasage, crédibilité d’exécution et capacité à mener à bien un chantier dont l’ampleur dépasse largement celle d’une opération résidentielle classique.

Il faut aussi rappeler qu’un grand projet de réaménagement ne se résume jamais au seul moment de la désignation du constructeur. Entre l’intention initiale, les consultations, les votes internes, les arbitrages administratifs et la réalisation effective, les délais s’étirent souvent sur de longues années. Les lecteurs d’Afrique francophone familiers des grands programmes immobiliers dans des capitales comme Abidjan, Dakar, Casablanca ou Kinshasa reconnaîtront sans peine cette vérité universelle : dans la fabrique urbaine, les étapes procédurales comptent autant que les bulldozers.

Samsung C&T, un candidat puissant mais pas encore couronné

Le fait que Samsung C&T soit seul en lice deux fois de suite n’est pas neutre. Cela signifie d’abord que l’entreprise confirme, dans un cadre public et documenté, sa volonté de participer au projet. En matière de grands travaux, cette persistance vaut signal. Elle indique au marché, aux résidents concernés et à l’association de propriétaires qu’un groupe de tout premier plan considère l’opération suffisamment attractive pour y revenir malgré l’absence de confrontation directe.

En Corée du Sud, Samsung C&T occupe une place particulière. Pour un lecteur européen, il ne s’agit pas seulement d’une filiale de plus dans l’univers Samsung, connu surtout pour ses smartphones, ses téléviseurs ou ses semi-conducteurs. La branche construction du groupe a une longue histoire dans les grands chantiers et dispose d’une stature symbolique forte. Quand elle apparaît sur un projet de cette taille, ce n’est jamais un détail. Sa présence peut rassurer sur la capacité d’exécution, mais elle concentre aussi les attentes, voire les interrogations, sur la manière dont les mégaprojets se structurent autour de quelques acteurs dominants.

Il faut néanmoins garder la tête froide. Être seul candidat et devenir le constructeur officiellement choisi ne sont pas une seule et même chose. La tentation est grande, dans les commentaires rapides, de considérer l’affaire comme réglée. Ce serait aller trop vite. L’association de propriétaires doit encore se prononcer en assemblée générale. Tant que ce vote n’a pas eu lieu, il convient de parler d’une position favorable, pas d’une nomination définitive.

Cette distinction n’est pas purement formelle. Dans les grands projets urbains, l’assemblée constitue un espace où se cristallisent les attentes concrètes des propriétaires : valeur future de leurs biens, conditions de relogement ou de transition, niveau de prestations, calendrier, confiance dans le pilotage et perception du rapport de force avec l’entreprise. Même lorsqu’un candidat apparaît ultra-favori, le passage devant cette instance reste une étape de légitimation essentielle. C’est le moment où une procédure technique devient une décision collective assumée.

Ce que ce dossier dit de l’urbanisme coréen contemporain

L’intérêt de l’affaire dépasse donc le seul périmètre de Seongsu. Elle offre un cas d’école pour comprendre comment les grands projets de transformation urbaine avancent à Séoul. En Europe francophone, on observe souvent la capitale sud-coréenne à travers sa vitesse, ses tours, ses infrastructures et son image de ville hyperconnectée. Mais derrière cette modernité visible, il existe une ingénierie procédurale complexe, où la question du « qui construit » revêt une importance presque aussi décisive que celle du « que construit-on ».

Dans les mégapoles mondiales, les opérations de renouvellement urbain jouent sur plusieurs registres à la fois. Elles reconfigurent le logement, déplacent la valeur, redessinent la sociologie des quartiers et fabriquent une nouvelle narration métropolitaine. Séoul n’échappe pas à cette logique. Le cas de Seongsu 3 montre qu’avant même que les grues n’entrent en action, la bataille se joue sur le terrain des procédures : nombre de candidats, modalités d’attribution, validation par les ayants droit, puis négociation de l’exécution.

Pour les observateurs du marché immobilier international, c’est un indicateur précieux. Non pas parce qu’il annoncerait déjà le résultat final, mais parce qu’il révèle où se situent désormais les lignes de force. Lorsque deux appels d’offres successifs n’aboutissent qu’à une seule candidature, cela signale à la fois la difficulté d’entrer sur certains dossiers et l’attractivité persistante d’un site comme Seongsu pour un acteur capable de miser sur le long terme.

On touche ici à une question plus large, qui intéresse aussi les villes françaises et africaines engagées dans de grands cycles de densification : comment concilier vitesse de transformation, acceptabilité locale et clarté de la gouvernance ? À Séoul comme ailleurs, l’enjeu n’est pas seulement de produire du neuf, mais de construire un cadre de décision suffisamment robuste pour que le projet survive aux hésitations, aux contestations et aux fluctuations du marché. Seongsu 3 illustre parfaitement cette tension entre ambition urbaine et discipline procédurale.

Le poids du calendrier et l’importance de l’assemblée générale

La prochaine étape scrutée de près est donc l’assemblée générale de l’association de propriétaires. Selon les informations disponibles, elle pourrait se tenir dès le mois prochain, potentiellement avant la fête de Chuseok. Pour un public francophone, il faut préciser que Chuseok est l’une des grandes fêtes traditionnelles coréennes, souvent comparée, dans son importance sociale et familiale, à une forme de fête des récoltes mêlée à de grandes retrouvailles. Évoquer un calendrier « avant Chuseok » revient donc à donner une borne à la fois temporelle et symbolique dans la vie coréenne.

Mais là encore, prudence : un horizon calendaire n’équivaut pas à une certitude. La tenue de l’assemblée, comme son issue, reste sujette aux aléas habituels de ce type de dossier. Dans l’immobilier de grande ampleur, un vote peut entériner un choix, le repousser, l’encadrer davantage ou demander des clarifications supplémentaires. Ce n’est qu’après cette étape que l’on pourra parler avec assurance du futur constructeur du site.

Pour les acteurs du secteur, l’enjeu est double. D’un côté, il s’agit de donner de la visibilité au projet, ce qui est indispensable dans une opération de 1 800 milliards de wons. De l’autre, il faut préserver la légitimité de la décision. Une désignation trop vite interprétée comme acquise avant le vote pourrait alimenter des critiques sur la transparence ou sur la réalité de la délibération. C’est pourquoi les observateurs les plus sérieux distinguent soigneusement le candidat le plus probable du titulaire effectivement choisi.

Cette rigueur dans les mots est d’autant plus importante que les grands réaménagements urbains façonnent durablement le visage des villes. Ils influencent la vie quotidienne, le prix du foncier, la composition sociale et même la manière dont un quartier se raconte à l’extérieur. À Seongsu, où se croisent déjà industrie reconvertie, culture visuelle, consommation branchée et pression immobilière, le choix du constructeur pèsera bien au-delà du seul chantier.

Un dossier suivi bien au-delà de la Corée

Si cette affaire mérite l’attention d’un lectorat francophone, c’est aussi parce qu’elle raconte quelque chose d’universel sur la métamorphose des métropoles. Derrière les sigles, les procédures et les montants astronomiques, on retrouve une question que connaissent Paris, Bruxelles, Genève, Abidjan, Rabat ou Dakar : comment transforme-t-on un morceau de ville sans réduire le débat à une pure opération technique ? Le cas de Seongsu 3 rappelle qu’un projet urbain n’avance jamais seulement par la force du capital ou des plans d’architecte. Il avance par une série de décisions collectives, parfois lentes, parfois opaques, mais toujours décisives.

Pour les lecteurs passionnés de Corée du Sud au-delà de la K-pop, des séries ou du cinéma, cette actualité offre un regard utile sur l’autre moteur de la Hallyu : la ville elle-même. Séoul exporte une image culturelle puissante, mais elle exporte aussi un modèle de transformation urbaine rapide, dense et hautement stratégique. Observer Seongsu 3, c’est regarder en coulisses la fabrique matérielle de cette modernité coréenne qui fascine tant à l’étranger.

À ce stade, une seule conclusion s’impose. Le projet n’a pas encore son constructeur officiellement confirmé, mais le chemin s’est nettement resserré autour de Samsung C&T. Les deux appels d’offres successifs sans concurrence effective n’ont pas figé l’opération ; ils ont déplacé son centre de gravité vers une possible négociation directe, sous réserve de l’aval des propriétaires réunis en assemblée. En matière de grands projets, ce n’est pas une fin de parcours. C’est souvent le moment où les choses deviennent enfin concrètes.

La suite se jouera donc moins dans l’effet d’annonce que dans la discipline des procédures. Et c’est peut-être là, au fond, la vraie leçon de Seongsu 3 : dans la ville coréenne contemporaine, les grands basculements naissent souvent d’une mécanique administrative discrète, bien plus que d’un spectaculaire coup de théâtre. Pour qui veut comprendre Séoul, il faut savoir lire ces moments-là.

Source: Original Korean article - Trendy News Korea

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