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À Séoul, une « brigade du moins sucré » fait reculer les goûters trop riches en sucre chez les enfants

À Séoul, une « brigade du moins sucré » fait reculer les goûters trop riches en sucre chez les enfants

À Séoul, une expérience de santé publique qui parle bien au-delà de la Corée

Dans les débats contemporains sur l’alimentation des enfants, il existe deux écueils récurrents : d’un côté, le discours culpabilisateur qui transforme chaque biscuit en faute morale ; de l’autre, l’impuissance résignée face à une industrie agroalimentaire qui sait mieux que quiconque séduire les plus jeunes. Entre ces deux extrêmes, la ville de Séoul vient d’apporter un résultat concret qui mérite l’attention des lecteurs francophones, en France comme en Afrique : lorsqu’on accompagne les enfants dans leurs choix plutôt que de leur imposer un interdit abstrait, leurs habitudes peuvent effectivement changer.

La municipalité de Séoul a rendu publics, le 3 août 2026, les résultats d’un programme destiné à prévenir la surconsommation de sucre chez les plus jeunes. Son nom, « Deol Daldal Wonjeongdae », peut se traduire de manière souple par « la brigade du moins sucré » ou « l’expédition du moins sucré ». L’expression mérite d’être expliquée. En coréen, le mot « daldal » renvoie au goût sucré, mais dans un registre enfantin, familier, presque ludique. Quant à « wonjeongdae », il évoque une troupe, une expédition, une petite équipe en mission. Tout, dans cette appellation, dit la philosophie du dispositif : il ne s’agit pas d’entrer en guerre contre le plaisir, mais de proposer aux enfants une aventure collective vers des choix un peu moins sucrés.

Les chiffres communiqués par la ville et par l’Institut de Séoul, qui a accompagné l’évaluation, sont significatifs. Sur 13 491 enfants interrogés avant et après leur participation au programme l’an dernier, la fréquence de consommation des collations à forte teneur en sucre est passée de 3,87 fois par semaine à 3,15 fois. La baisse est de 0,72 fois par semaine, soit 19 %. Présentée ainsi, la diminution peut sembler modeste à première vue. Pourtant, en santé publique, ce type de mouvement compte davantage qu’un effet d’annonce. Car ce qui change ici, ce n’est pas seulement une opinion déclarée lors d’un atelier scolaire : c’est un comportement répété, celui du goûter choisi, acheté, demandé ou accepté plusieurs fois par semaine.

Vu d’Europe ou d’Afrique francophone, l’expérience séoulite résonne immédiatement. En France, les pouvoirs publics alertent régulièrement sur l’obésité infantile, la consommation excessive de produits ultra-transformés et la place du sucre dans les habitudes quotidiennes. Dans de nombreux pays africains francophones, la transition nutritionnelle accélère aussi la diffusion de boissons sucrées, de snacks industriels bon marché et de modèles alimentaires urbains qui concurrencent des pratiques plus traditionnelles. Le cas de Séoul n’est donc pas une curiosité lointaine liée à la seule culture coréenne : c’est un laboratoire très concret de ce que peut produire une politique publique ciblée sur l’enfance.

Des chiffres modestes en apparence, mais un signal important sur les habitudes réelles

Le premier enseignement tient à la nature même de l’amélioration observée. Une baisse de 3,87 à 3,15 collations très sucrées par semaine n’a rien d’un bouleversement spectaculaire. On est loin des promesses irréalistes qui prétendraient faire disparaître les envies de sucre en quelques séances pédagogiques. Mais c’est précisément ce qui rend ce résultat crédible. Dans la vie quotidienne des familles, le changement durable se mesure souvent à de petites inflexions répétées : un soda remplacé par de l’eau un jour, un gâteau industriel écarté le lendemain, une viennoiserie moins fréquente au moment du goûter, un choix plus réfléchi à la supérette du quartier.

Ce que montre l’enquête séoulite, c’est que le message éducatif n’est pas resté au niveau théorique. Il a commencé à se traduire dans la vie ordinaire. Pour les professionnels de la nutrition, c’est un point essentiel : modifier une habitude alimentaire ne consiste pas seulement à transmettre une information sur les grammes de sucre ou sur les risques métaboliques. Il faut parvenir à déplacer des routines, des préférences, des automatismes familiaux, des réflexes publicitaires. Or, lorsqu’un enfant choisit un peu moins souvent un produit très sucré, cela signifie que l’intervention a peut-être touché le moment le plus difficile : celui où l’on passe de la connaissance à l’action.

Il faut également rappeler que l’étude repose sur des questionnaires avant et après participation. Ce type de méthode a ses limites. On mesure des réponses déclaratives, pas des dosages biologiques, ni des tickets de caisse, ni une observation objective de tous les aliments consommés. On ne peut donc pas affirmer avec une certitude absolue que le programme est, à lui seul, l’unique cause de la baisse constatée. D’autres facteurs peuvent intervenir : l’environnement familial, les messages reçus à l’école, la pression des pairs, les campagnes médiatiques plus larges. Mais l’intérêt de l’évaluation réside ailleurs : plusieurs indicateurs évoluent ensemble et dans le même sens. La fréquence des collations très sucrées recule, la préférence déclarée pour le sucré diminue, la perception d’une alimentation « habituellement sucrée » baisse elle aussi, tandis que l’effort conscient pour éviter ces collations progresse fortement.

Autrement dit, on n’observe pas une variation isolée, due au hasard ou à une formulation ambiguë. On voit un faisceau cohérent d’indices suggérant que la représentation du sucre et les comportements concrets commencent à se déplacer. Pour une politique municipale menée à grande échelle, c’est déjà beaucoup.

Le plus intéressant : à Séoul, on ne demande pas aux enfants de détester le sucre, mais d’apprendre à le gérer

Le cœur du programme coréen se trouve là, et il mérite l’attention des éducateurs comme des parents. À l’issue du dispositif, 51,6 % des enfants déclarent faire des efforts pour ne pas manger de collations à forte teneur en sucre, contre 27 % avant leur participation. L’augmentation est considérable : 24,6 points de pourcentage. Dans le même temps, la part de ceux qui disent aimer les aliments sucrés recule, passant de 71,8 % à 63,1 %. Ceux qui estiment manger « plutôt sucré » au quotidien passent, eux, de 43,3 % à 34,4 %.

Ces données racontent quelque chose d’important que beaucoup de politiques alimentaires oublient : l’objectif n’est pas nécessairement de supprimer toute attirance pour le goût sucré. Chez l’enfant, et souvent chez l’adulte, cette attirance est profondément ancrée. Elle relève à la fois de la physiologie, de l’apprentissage précoce et de l’environnement culturel. Dans les cuisines du monde entier, le sucré est associé à la fête, à la récompense, au réconfort, au partage. Il serait illusoire de croire qu’un programme éducatif peut effacer d’un coup cette dimension affective.

En revanche, il est tout à fait possible d’apprendre à un enfant que l’on peut aimer le sucré sans le consommer à haute fréquence. C’est une nuance décisive. Les chiffres de Séoul le montrent bien : 63,1 % des enfants disent encore aimer les aliments sucrés après le programme, mais 51,6 % affirment aussi faire des efforts pour éviter les collations les plus riches en sucre. En d’autres termes, le désir n’a pas disparu, mais la capacité d’autorégulation progresse. Pour des observateurs francophones, cela rappelle un principe de bon sens que les nutritionnistes répètent depuis longtemps : il vaut souvent mieux travailler sur la fréquence, le contexte et la qualité des choix que sur l’interdit total.

Cette approche est particulièrement pertinente dans des sociétés où l’offre commerciale est omniprésente. En Corée du Sud, comme en France, les enfants grandissent dans des univers saturés de marques, de personnages, de packaging coloré et de produits conçus pour séduire rapidement le palais. Dans plusieurs capitales africaines également, les étals urbains proposent de plus en plus de biscuits, de boissons sucrées et de snacks industriels à prix accessible. Face à cette réalité, prêcher l’abstinence absolue revient souvent à perdre d’avance. Former à la sélection, à la modération et à la conscience des habitudes est probablement plus réaliste.

Pourquoi l’école primaire est un terrain stratégique

La ville de Séoul explique avoir lancé ce programme à partir de juillet 2025 avec un objectif clair : intervenir au moment où les habitudes alimentaires se forment, c’est-à-dire pendant les années du primaire. Ce choix rejoint ce que l’on sait depuis longtemps en sciences du comportement. Les routines alimentaires ne se constituent pas seulement dans l’assiette familiale ; elles se fabriquent aussi dans les microdécisions quotidiennes, à l’école, à la sortie des cours, dans les commerces de proximité, à travers le groupe d’amis, les sollicitations marketing et les habitudes prises dès l’enfance.

Pour les lecteurs français, cette logique peut évoquer les débats récurrents sur les menus scolaires, l’éducation au goût, les distributeurs automatiques ou encore la place du goûter. Pour les lecteurs d’Afrique francophone, elle renvoie à une autre tension : comment préserver des repères nutritionnels utiles dans des contextes urbains où l’alimentation industrialisée gagne du terrain, parfois plus vite que les dispositifs de prévention sanitaire ? Dans les deux cas, l’enfance apparaît comme la période la plus décisive. Une habitude acquise à huit ou neuf ans peut s’installer durablement, bien avant l’adolescence.

Le nom même du programme coréen est révélateur de cette stratégie. Là où certains dispositifs publics choisissent un vocabulaire médical, moral ou technique, Séoul a opté pour une formulation presque narrative. Une « brigade », une « expédition », une manière de jouer avec l’idée de mission. Dans la culture éducative sud-coréenne, où la performance scolaire est souvent fortement valorisée, cet habillage ludique n’est pas anodin. Il permet de transformer la contrainte sanitaire en activité participative. Les enfants ne sont pas traités comme de simples récepteurs passifs d’un cours sur les méfaits du sucre ; ils deviennent acteurs d’un parcours, presque membres d’une équipe chargée de faire de meilleurs choix.

Cette manière de penser les politiques publiques pour l’enfance mériterait d’être observée de près en Europe. Car l’erreur classique consiste souvent à produire des messages corrects sur le plan scientifique, mais peu adaptés à l’imaginaire des enfants. Or, entre comprendre qu’un aliment est trop sucré et décider, dans la vraie vie, de le consommer moins souvent, il existe tout un monde. Séoul semble avoir tenté de combler cet écart par une pédagogie de la participation plutôt que par la seule injonction.

Un modèle utile, mais à lire avec prudence

Comme toute initiative mise en avant par des pouvoirs publics, l’expérience de Séoul demande néanmoins une lecture rigoureuse. Le chiffre de 19 % de baisse, souvent retenu dans les titres, peut facilement être interprété de manière excessive. Il ne signifie pas que tous les problèmes liés au sucre sont réglés, ni que les enfants concernés adoptent désormais une alimentation idéale. Il ne prouve pas non plus, à lui seul, qu’un programme éducatif suffit à compenser les effets de la publicité, de l’offre industrielle ou des inégalités sociales face à l’alimentation.

En outre, la mesure porte sur la fréquence des collations riches en sucre, non sur la totalité des apports sucrés de la journée. Un enfant peut réduire certains snacks et continuer à consommer des boissons très sucrées, des desserts fréquents ou d’autres produits transformés. La diminution observée est donc un indicateur pertinent, mais partiel. Elle ne doit pas être confondue avec un tableau complet de la nutrition infantile.

Il faut aussi tenir compte de la méthode déclarative. Lorsque l’on demande à des enfants ou à leurs familles s’ils font des efforts pour éviter certaines collations, il existe toujours un risque de biais de désirabilité sociale : on a tendance à répondre dans le sens attendu. Pourtant, là encore, le résultat conserve de la valeur parce qu’il ne repose pas sur un seul item. La cohérence d’ensemble entre les différents indicateurs donne du poids à l’évolution constatée.

Enfin, le suivi dans le temps sera décisif. Séoul précise que 13 403 enfants participent au programme cette année, soit une ampleur proche de celle de l’année précédente. C’est un signe de continuité institutionnelle, mais pas encore une garantie de stabilité des effets. Toute la question est désormais de savoir si les enfants continueront, plusieurs mois plus tard, à réduire la fréquence de ces collations et à exercer cette capacité de choix. En santé publique, la victoire n’est jamais dans le coup de communication initial : elle se juge à la persistance du changement.

Ce que la France et l’Afrique francophone peuvent retenir de l’exemple coréen

L’intérêt de cette expérience dépasse largement le cas de la capitale sud-coréenne. Pour les lecteurs français, elle invite à repenser un vieux débat national : faut-il surtout informer, interdire ou responsabiliser ? Les politiques de nutrition ont longtemps oscillé entre campagnes d’information généralistes et mesures plus coercitives. Or l’exemple séoulite suggère qu’un troisième chemin peut produire des effets : armer les enfants pour qu’ils reconnaissent les produits très sucrés, prennent conscience de leur fréquence de consommation et s’exercent à choisir autrement, sans dramatisation excessive.

Pour les pays d’Afrique francophone, l’enjeu est tout aussi crucial, bien que les contextes soient très différents d’un pays à l’autre. Dans de nombreuses métropoles africaines, l’essor des produits industriels sucrés accompagne l’urbanisation, l’évolution des rythmes de vie et la croissance des réseaux de distribution modernes. La prévention nutritionnelle se heurte parfois à des systèmes scolaires sous tension, à des ressources limitées ou à des priorités sanitaires multiples. Pourtant, l’idée centrale du programme coréen reste transposable : on peut travailler sur les petits choix répétés, à coût potentiellement modéré, si l’on mobilise école, famille et environnement local.

Il serait toutefois absurde de plaquer le modèle de Séoul tel quel ailleurs. Les réalités sociales, les pratiques alimentaires, la disponibilité des produits et les rapports au goûter ne sont pas les mêmes à Paris, à Dakar, à Abidjan, à Bruxelles ou à Séoul. En France, l’image du goûter renvoie à tout un imaginaire culturel, entre tartine, pain au chocolat, compote, yaourt et produits industriels. Dans plusieurs villes africaines, les collations peuvent mêler produits emballés, boissons sucrées, préparations artisanales et aliments de rue. Adapter une politique de réduction du sucre exige donc une connaissance fine des usages locaux.

Mais le principe méthodologique, lui, voyage très bien : mesurer les comportements avant et après, cibler l’enfance, parler un langage accessible, viser la réduction plutôt que la pure prohibition, et considérer l’enfant comme un acteur de ses choix. À une époque où l’éducation à la santé se résume trop souvent à des slogans, cette sobriété mérite d’être saluée.

Au fond, le véritable enjeu n’est pas de bannir le plaisir, mais de réapprendre la mesure

Ce que raconte finalement cette initiative coréenne, c’est une question très universelle : comment apprendre aux enfants à vivre avec l’abondance sans s’y abandonner ? Dans des sociétés de consommation où le sucre est partout, visible ou caché, l’ambition la plus réaliste n’est sans doute pas de supprimer l’attrait pour le goût sucré. Elle consiste plutôt à redonner de la conscience à des actes devenus automatiques.

Dans le débat public francophone, on oppose trop souvent le plaisir et la santé, comme s’il fallait choisir entre une table joyeuse et une discipline austère. L’expérience de Séoul suggère une autre voie. On peut conserver le plaisir, l’envie, la gourmandise même, tout en réduisant la répétition des excès. On peut apprendre à un enfant qu’aimer un gâteau n’oblige pas à en faire une habitude quotidienne. On peut faire de la modération non pas une punition, mais une compétence.

Les chiffres publiés par la ville de Séoul n’ont rien d’un miracle. Ils n’annoncent ni révolution nutritionnelle ni fin du marketing sucré. Mais ils documentent quelque chose de précieux : la possibilité d’un déplacement réel, mesurable, dans le comportement de milliers d’enfants. En matière de santé publique, c’est souvent ainsi que commencent les changements durables — non par de grands discours, mais par de petites décisions répétées, semaine après semaine.

À l’heure où les sociétés françaises, européennes et africaines cherchent elles aussi des réponses concrètes face à la progression des habitudes alimentaires déséquilibrées, cette « brigade du moins sucré » venue de Séoul offre une leçon simple, presque modeste, mais profondément utile. On n’éduque pas les enfants à mieux manger en leur faisant peur du sucre. On les y aide en leur apprenant à choisir, un peu mieux, un peu moins souvent, et peut-être avec davantage de liberté qu’on ne l’imagine.

Source: Original Korean article - Trendy News Korea

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