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Mort de Park Jae-bok, le pionnier discret qui a ouvert la voie à l’ère mondiale des séries coréennes

Mort de Park Jae-bok, le pionnier discret qui a ouvert la voie à l’ère mondiale des séries coréennes

La disparition d’un homme au cœur des premiers pas internationaux du K-drama

Park Jae-bok, ancien directeur de la division des affaires sociales et de la coopération de MBC, est décédé le 7 août 2026 à l’âge de 66 ans dans un hôpital de Bucheon, dans la province de Gyeonggi. Son nom est peu connu du grand public international, mais son parcours est intimement lié à l’une des grandes transformations culturelles de la Corée du Sud contemporaine : la naissance de l’ouverture mondiale des séries coréennes.

Bien avant que le terme « Hallyu », ou « vague coréenne », ne devienne un phénomène mondial associé à BTS, BLACKPINK, aux séries Netflix ou aux succès du cinéma coréen, certains professionnels avaient déjà compris qu’un récit produit en Corée pouvait toucher des publics étrangers. Park Jae-bok fait partie de ces acteurs de l’ombre qui ont contribué à créer les premiers ponts entre l’industrie audiovisuelle coréenne et les marchés internationaux.

Selon Yonhap, l’agence de presse nationale sud-coréenne, Park Jae-bok a joué un rôle important dans la période initiale d’exportation des dramas coréens, lorsque les contenus télévisés du pays étaient encore principalement conçus pour le public domestique. Son travail rappelle que le succès actuel des K-dramas n’est pas apparu soudainement avec les plateformes de streaming, mais qu’il repose sur plusieurs décennies d’expérimentations, de négociations commerciales et de stratégies culturelles.

Pour les spectateurs français et francophones habitués à voir les productions coréennes figurer dans les classements mondiaux, l’histoire de Park Jae-bok offre un éclairage essentiel : avant la reconnaissance internationale, il a fallu convaincre les diffuseurs étrangers que les histoires coréennes pouvaient voyager au-delà de leurs frontières.

« Qu’est-ce que l’amour ? », la série qui a changé le destin de la télévision coréenne

Le tournant majeur de la carrière de Park Jae-bok intervient en 1992, lorsqu’il rejoint MBC Production et commence à travailler activement sur la commercialisation internationale des programmes de la chaîne. À cette époque, exporter une série coréenne représente un défi considérable. Les réseaux de distribution internationaux sont encore limités et la télévision sud-coréenne reste largement tournée vers son marché national.

Son premier grand succès est lié au drama « Sarang-i mwogil-lae », connu internationalement sous le titre « What Is Love? ». Cette série familiale diffusée par MBC avait rencontré un immense succès en Corée grâce à son portrait des relations familiales, des différences générationnelles et des valeurs sociales du pays. Park Jae-bok a participé à son exportation vers Hong Kong en 1992, ouvrant une nouvelle page pour l’industrie audiovisuelle coréenne.

À l’époque, le concept de K-drama n’existe pas encore comme marque culturelle mondiale. Les séries coréennes ne bénéficient pas de l’image internationale dont elles disposent aujourd’hui. Les professionnels doivent donc expliquer aux diffuseurs étrangers pourquoi ces histoires locales peuvent intéresser des téléspectateurs d’autres cultures.

La diffusion de « What Is Love? » en Chine quelques années plus tard deviendra un événement majeur. Après un accord de diffusion avec CCTV, la télévision publique chinoise, la série est diffusée dans tout le pays en 1997 et suscite un fort intérêt auprès du public chinois. Cette popularité est souvent considérée comme l’un des moments fondateurs de la future vague coréenne en Asie.

Le phénomène dépasse alors le simple succès d’audience. Il montre qu’une production coréenne peut devenir un produit culturel exportable, capable de créer une proximité émotionnelle avec des spectateurs étrangers malgré les différences linguistiques et culturelles.

Un travail de terrain pour conquérir les marchés asiatiques

La réussite de « What Is Love? » n’est pas un événement isolé. Dans les années suivantes, Park Jae-bok poursuit une stratégie active d’expansion internationale pour les programmes de MBC. En 1992, il contribue également à l’exportation de « Yeomyeongui nun dongja », connu sous le titre « Eyes of Dawn », vers la Turquie.

Au début des années 1990, vendre une série coréenne à l’étranger exigeait une démarche très différente de celle utilisée aujourd’hui. Il n’existait pas de plateformes mondiales permettant de diffuser immédiatement une œuvre auprès de millions d’utilisateurs. Les responsables des ventes internationales devaient rencontrer directement les chaînes étrangères, présenter les programmes et convaincre les décideurs locaux.

Park Jae-bok poursuit cette mission avec plusieurs productions emblématiques. En 1993, il participe à l’exportation de séries comme « Yeojaui bang » (« La chambre des femmes »), « Jiltu » (« Jalousie ») et « Adeulgwa ttal » (« Fils et filles »). En 1994, il accompagne également la diffusion internationale de « Majimak seungbu » (« Le dernier match ») et « Pokpungui gyejeol » (« La saison des tempêtes »).

L’un des épisodes les plus symboliques de cette période se déroule au Festival de télévision du Sichuan en Chine en 1994. Park Jae-bok y présente des documents de programmes en mandarin afin de promouvoir les productions coréennes. Il parvient alors à vendre plusieurs séries, dont « Jalousie » et « Eyes of Dawn », contribuant à renforcer la présence de la télévision coréenne sur le marché chinois.

Ce travail peut sembler éloigné du glamour associé aujourd’hui à la Hallyu. Pourtant, il constitue une étape fondamentale : créer des relations professionnelles, comprendre les goûts des publics étrangers et adapter la présentation des œuvres aux différents marchés.

De l’exportation des dramas à la naissance d’une puissance culturelle

L’importance de Park Jae-bok dépasse la vente de quelques programmes. Son parcours illustre une évolution profonde de la stratégie culturelle sud-coréenne. À partir des années 1990, la Corée commence progressivement à considérer ses contenus culturels non seulement comme des productions nationales, mais aussi comme des ressources pouvant participer à son rayonnement international.

Cette transformation est comparable, dans une certaine mesure, à la manière dont la France a développé son influence culturelle à travers le cinéma, la littérature, la gastronomie ou la francophonie. Dans le cas coréen, les séries télévisées, la musique populaire et plus tard les jeux vidéo ou les webtoons sont devenus des vecteurs majeurs d’image nationale.

Après ses premières réussites asiatiques, Park Jae-bok continue à participer à l’ouverture internationale de dramas coréens. Il joue notamment un rôle dans l’arrivée de « Byeoreun nae gaseume » (« Star in My Heart ») en Amérique latine et dans la diffusion mondiale de « Dae Jang Geum » (« Jewel in the Palace »), l’un des dramas historiques coréens les plus célèbres.

« Jewel in the Palace », qui raconte l’ascension d’une cuisinière devenue médecin à la cour royale de Joseon, illustre parfaitement la capacité des dramas coréens à transmettre une histoire nationale tout en développant des thèmes universels : ambition, persévérance, justice et relations humaines.

Grâce à ces différentes exportations, les séries coréennes commencent à toucher des régions très diverses, de l’Asie au Moyen-Orient en passant par l’Amérique latine. Cette expansion prépare le terrain pour la mondialisation actuelle des contenus coréens.

Les chiffres d’une carrière consacrée à la circulation des histoires coréennes

Dans une interview accordée en 2005 au magazine K-empowerment culturel K-yeong, Park Jae-bok indiquait que la valeur totale des exportations de dramas qu’il avait directement contribué à réaliser depuis 1992 atteignait environ 45,38 millions de dollars.

Ces résultats ont accompagné la montée en puissance de MBC Production sur les marchés internationaux. L’entreprise a notamment reçu un prix d’exportation lors du « Trade Day » en Corée du Sud en 2000, récompensant ses performances commerciales dans le domaine des contenus audiovisuels.

Pour son action, Park Jae-bok a également été distingué en 2001 par un prix spécial du jury des Korean Broadcasting Awards ainsi que par une décoration présidentielle. Ces reconnaissances témoignent du rôle stratégique qu’il a occupé dans une période où l’industrie audiovisuelle coréenne cherchait encore sa place sur la scène mondiale.

Son parcours rappelle une réalité souvent oubliée dans l’analyse des succès culturels : derrière chaque phénomène mondial se trouvent des professionnels chargés de créer les infrastructures, les réseaux et les opportunités qui permettent aux artistes d’être vus par un public international.

L’héritage de Park Jae-bok à l’heure du streaming mondial

Aujourd’hui, les K-dramas connaissent une popularité sans précédent. Des plateformes internationales permettent à des spectateurs français, africains francophones, américains ou latino-américains de découvrir presque simultanément les nouvelles productions coréennes. Des séries comme « Squid Game », « Crash Landing on You » ou « Extraordinary Attorney Woo » ont transformé le rapport mondial aux fictions coréennes.

Mais cette réussite repose sur une longue histoire. Avant les algorithmes des plateformes numériques et les campagnes mondiales de promotion, il fallait convaincre les premières chaînes étrangères d’acheter et de diffuser des séries coréennes. C’est précisément dans cette période pionnière que s’inscrit l’action de Park Jae-bok.

Le responsable coréen a contribué à démontrer qu’une histoire locale pouvait devenir une histoire universelle. Cette idée est aujourd’hui au cœur de la stratégie de nombreux producteurs coréens : raconter des récits profondément ancrés dans une culture particulière tout en abordant des émotions accessibles à tous.

Les observateurs du secteur audiovisuel sud-coréen considèrent son travail comme l’un des fondements de la Hallyu. Kwon Ho-jin, responsable des relations internationales de l’Association coréenne des sciences de la communication, a résumé son héritage en affirmant qu’il avait « construit les bases de la Hallyu à une époque où même le mot Hallyu n’existait pas encore ».

La disparition de Park Jae-bok rappelle ainsi que les grandes vagues culturelles commencent souvent par des initiatives discrètes. Avant que les dramas coréens ne deviennent un phénomène mondial, certains professionnels ont imaginé qu’une série produite à Séoul pouvait toucher des millions de personnes ailleurs dans le monde. Leur travail a préparé le chemin que suivent aujourd’hui les créateurs coréens sur la scène internationale.

Source: Original Korean article - Trendy News Korea

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