광고환영

광고문의환영

En Corée du Sud, l’école des pompiers du Gangwon forme des cadres vietnamiens : quand la Hallyu de l’expertise publique prend le relais de la Hallyu c

En Corée du Sud, l’école des pompiers du Gangwon forme des cadres vietnamiens : quand la Hallyu de l’expertise publique

Au-delà de la K-pop, une autre Corée s’exporte

On associe souvent la Corée du Sud à ses séries mondiales, à la K-pop, à la cosmétique ou à la puissance de ses groupes technologiques. Pour le public francophone, de Paris à Abidjan, de Bruxelles à Dakar, l’image du pays reste largement façonnée par la vague culturelle coréenne, la fameuse Hallyu, devenue en deux décennies un phénomène global. Pourtant, une autre facette de la Corée se déploie avec une efficacité plus discrète : celle de ses institutions publiques, de ses méthodes d’organisation et de son savoir-faire en matière de gestion du risque. C’est cette Corée-là qui s’est donnée à voir dans la ville de Taebaek, où l’École des pompiers du Gangwon a organisé la cérémonie de fin du 5e « programme mondial de leadership des sapeurs-pompiers » à destination de fonctionnaires vietnamiens du feu.

Vingt responsables vietnamiens ont pris part à cette session : dix pompiers de la province de Lâm Đồng et dix enseignants de l’Université des pompiers de Hanoï. Pendant près de deux semaines, du 9 au 18, ils ont suivi une formation intensive consacrée aux techniques coréennes de lutte contre l’incendie, aux systèmes de secours, aux soins d’urgence, au contrôle des scènes de catastrophe et au renforcement des capacités de commandement. Dit autrement, il ne s’agissait pas d’une simple visite protocolaire ni d’un voyage d’observation, mais d’une immersion dans la façon sud-coréenne de penser la sécurité civile.

L’événement peut sembler technique, presque austère, à l’heure où l’actualité coréenne est souvent racontée à travers les palmarès musicaux ou les succès de Netflix. Il est pourtant hautement révélateur d’un déplacement d’influence. La Corée du Sud ne se contente plus d’exporter des contenus culturels ou des produits de consommation ; elle exporte aussi des systèmes, des méthodes, des routines professionnelles, bref une forme de capital institutionnel. Dans un monde exposé à des catastrophes de plus en plus fréquentes, cette diplomatie de la sécurité publique pèse davantage qu’il n’y paraît.

Pour des lecteurs francophones, notamment en Afrique où les enjeux de protection civile, d’urbanisation rapide et de formation des services de secours sont souvent cruciaux, cette information mérite qu’on s’y arrête. Elle dit quelque chose de la manière dont l’Asie construit désormais son influence : moins par le prestige abstrait que par la circulation très concrète de compétences opérationnelles.

Taebaek, loin des circuits touristiques, au cœur d’une coopération utile

Le lieu lui-même est significatif. Taebaek n’est ni Séoul, vitrine mondiale de la modernité coréenne, ni Busan, grande métropole portuaire familière des festivals de cinéma et des amateurs de plages. Cette ville de la province du Gangwon appartient à une Corée plus intérieure, plus industrielle, plus montagneuse aussi. Elle n’entre pas spontanément dans l’imaginaire touristique international comme le font les palais de la capitale, les cafés stylisés d’Ikseon-dong ou les décors de K-drama que recherchent les visiteurs étrangers.

Et c’est précisément ce qui rend cette séquence intéressante. L’accueil de responsables vietnamiens dans une institution régionale montre que l’attractivité coréenne ne se résume plus à des destinations iconiques ou à des expériences de loisirs. Il existe désormais un autre type de séjour en Corée : celui qui relève de l’apprentissage professionnel, de la coopération publique et de la circulation des expertises. En Europe comme en Afrique francophone, où l’on réfléchit de plus en plus à la décentralisation de l’action publique et à la valorisation des territoires hors capitales, ce point n’est pas anodin.

On pourrait faire un parallèle avec certaines écoles françaises ou européennes qui, loin des grandes capitales, acquièrent une réputation internationale dans des domaines très spécialisés : la formation militaire, l’agronomie, la gestion de l’eau, la médecine tropicale ou la sécurité civile. Le rayonnement d’un pays ne passe pas seulement par ses métropoles globalisées ; il se construit aussi à travers des établissements techniques implantés dans des villes de taille moyenne, capables de devenir des plateformes de coopération. L’École des pompiers du Gangwon s’inscrit dans cette logique.

La cérémonie de clôture organisée le 18 ne marque donc pas seulement la fin d’un stage. Elle met en scène un lien entre une institution coréenne régionale et des acteurs vietnamiens qui, une fois rentrés chez eux, pourront diffuser ce qu’ils ont observé et appris. C’est une coopération sans grand spectacle, mais à fort potentiel multiplicateur.

Ce que les participants vietnamiens sont venus apprendre

Le profil des vingt stagiaires donne une indication claire sur l’ambition du programme. D’un côté, dix pompiers de la province de Lâm Đồng, donc des praticiens confrontés au terrain, aux départs de feu, aux urgences et aux choix opérationnels de première ligne. De l’autre, dix professeurs de l’Université des pompiers de Hanoï, autrement dit des formateurs appelés à transmettre des doctrines, structurer des cursus et façonner les futures générations de sapeurs-pompiers vietnamiens. En réunissant ces deux publics, la Corée du Sud ne vise pas seulement un transfert de gestes techniques ; elle agit à la fois sur l’action immédiate et sur la reproduction du savoir.

Selon les éléments communiqués, les participants ont été formés aux techniques et aux systèmes coréens de lutte contre l’incendie. Le mot « système » est ici central. Dans les politiques de sécurité civile, il ne suffit jamais de posséder des véhicules modernes ou des équipements sophistiqués. Ce qui fait la différence, c’est l’articulation entre les personnes, la chaîne de commandement, la doctrine d’intervention, la circulation de l’information et l’entraînement collectif. Beaucoup de pays disposent de matériel ; moins nombreux sont ceux qui parviennent à l’inscrire dans une architecture opérationnelle cohérente.

La formation a également inclus des exercices de secours à victime. Pour un lecteur français, belge ou ivoirien, cela peut sembler aller de soi : les services de secours d’aujourd’hui ne se limitent plus à éteindre les incendies, ils interviennent sur l’ensemble du spectre de l’urgence, de l’accident domestique à la détresse médicale. Mais il est important de rappeler que cette polyvalence résulte d’une construction institutionnelle et pédagogique. Savoir stabiliser un blessé, prendre les bonnes décisions dans les premières minutes, coordonner l’évacuation et préserver la fluidité de la scène d’intervention peut faire gagner un temps décisif.

Le programme comportait aussi un volet sur le contrôle des sites de catastrophe. Cette notion peut sembler administrative, alors qu’elle relève du cœur même de l’efficacité. Contrôler une scène, ce n’est pas seulement empêcher la circulation des curieux ; c’est ordonner l’espace pour permettre simultanément le sauvetage, l’extinction, le triage médical et la sécurité des intervenants. Dans un incendie urbain, un accident industriel ou une catastrophe naturelle, quelques mètres mal gérés peuvent suffire à désorganiser toute la chaîne de secours.

Enfin, les stagiaires ont reçu un entraînement destiné à renforcer leurs capacités de commandement. Or c’est probablement le point le plus stratégique. Le leadership en matière de secours ne renvoie pas à une figure héroïque, presque cinématographique, du chef qui décide seul. Il s’agit au contraire d’une compétence froide, méthodique, qui suppose d’évaluer rapidement une situation mouvante, de hiérarchiser les priorités, de déléguer efficacement et d’ajuster les moyens sans perdre la maîtrise d’ensemble. Dans les services d’incendie et de secours, le commandement se mesure souvent à la qualité d’une décision prise sous pression, avec des informations incomplètes et des vies en jeu.

La circulation d’un modèle coréen de gestion des crises

Pourquoi la Corée du Sud intéresse-t-elle, sur ce terrain précis, des responsables vietnamiens ? La réponse tient d’abord à l’expérience accumulée par Séoul dans la modernisation rapide de ses services publics. En quelques décennies, le pays a combiné industrialisation accélérée, urbanisation dense, croissance des infrastructures et exposition à des risques multiples. Dans un tel contexte, les autorités ont dû professionnaliser leurs réponses aux incendies, accidents et catastrophes, tout en intégrant davantage la formation continue et la coordination institutionnelle.

Le prestige d’un modèle ne repose pas uniquement sur ses réussites spectaculaires, mais aussi sur sa capacité à produire des procédures reproductibles. C’est là que la Corée du Sud semble chercher à se distinguer. L’enjeu n’est pas seulement de montrer des équipements ou des bâtiments, mais de partager une manière de structurer l’action publique. Dans de nombreux pays, les coopérations internationales dans le domaine de la sécurité ont longtemps été dominées par des partenaires occidentaux, souvent européens ou nord-américains. L’initiative du Gangwon illustre l’émergence d’un axe asiatique de formation et de transfert de compétences.

Cette évolution mérite l’attention des lecteurs francophones. Elle rappelle qu’au XXIe siècle, la géographie de l’expertise ne suit plus automatiquement les anciennes lignes de prestige. Un pays naguère considéré comme récepteur de modèles devient à son tour fournisseur de méthodes, de doctrines et de solutions institutionnelles. Cette bascule concerne aussi bien le numérique, la santé, l’éducation que la gestion des urgences.

Dans le cas précis de la sécurité civile, le partage d’expérience prend une valeur particulière. Les catastrophes, qu’elles soient naturelles ou provoquées par l’activité humaine, posent partout les mêmes questions : qui commande, comment secourir vite, comment protéger les intervenants, comment communiquer, comment éviter le chaos. Les réponses, elles, dépendent de l’organisation d’un pays, de sa culture administrative et de ses moyens. Former des cadres étrangers revient donc à transmettre une grammaire d’action, pas seulement une boîte à outils.

Le directeur de l’École des pompiers du Gangwon, Kim Myeong-jung, a d’ailleurs formulé l’ambition de manière explicite en souhaitant que les techniques avancées et les savoir-faire de commandement acquis pendant la session contribuent à protéger la population vietnamienne. Il a également insisté sur la volonté de consolider à l’avenir la coopération entre les deux pays. Derrière la formule institutionnelle, on lit une intention claire : inscrire ces échanges dans la durée et faire de la sécurité publique un champ stable du partenariat bilatéral.

Une diplomatie du quotidien, moins visible mais très stratégique

Il serait tentant de reléguer ce type d’actualité dans la rubrique des informations administratives, loin des sujets jugés plus « grand public ». Ce serait une erreur. La coopération entre services de secours fait partie de ce qu’on pourrait appeler une diplomatie du quotidien. Elle ne produit ni tapis rouge ni images glamour, mais elle tisse des liens de confiance, crée des réseaux de professionnels et façonne des affinités durables entre institutions.

Dans les relations internationales contemporaines, ce type de coopération compte beaucoup. Un professeur formé à Taebaek pourra adapter certains contenus dans ses cours à Hanoï. Un officier de Lâm Đồng pourra réutiliser des principes de commandement ou de contrôle de scène dans ses opérations. À terme, des exercices conjoints, des échanges de formateurs ou des achats d’équipement peuvent suivre. Une simple session de formation agit alors comme la première pierre d’un écosystème de collaboration.

Pour la Corée du Sud, l’intérêt est double. D’un côté, elle renforce son image de pays compétent, organisé et capable d’offrir une expertise utile au-delà de ses frontières. De l’autre, elle élargit l’éventail de sa présence internationale. Là où la Hallyu culturelle séduit les imaginaires, cette Hallyu institutionnelle, si l’on ose l’expression, consolide des relations de long terme dans des domaines concrets. La première fait naître le désir ; la seconde crée de la confiance.

Le Vietnam, de son côté, ne vient pas chercher un simple vernis de modernité. En envoyant à la fois des pompiers de terrain et des universitaires, il manifeste une approche pragmatique : observer ce qui fonctionne, comprendre l’architecture d’un système, puis voir ce qui peut être adapté à ses propres réalités. C’est un point essentiel. Aucun modèle ne s’exporte à l’identique. Les doctrines de secours doivent toujours être traduites dans un contexte local, avec ses ressources, ses habitudes administratives et ses vulnérabilités spécifiques.

En Afrique francophone aussi, cette logique de coopération ciblée est de plus en plus visible dans d’autres secteurs. Les États cherchent des partenariats qui ne se limitent pas à l’aide financière, mais apportent des compétences, des formations et des dispositifs éprouvés. Dans cette perspective, l’exemple coréo-vietnamien peut résonner bien au-delà de l’Asie : il montre comment un pays peut bâtir son influence en mettant au service d’autrui des institutions capables de former, d’encadrer et de transmettre.

Ce que cette histoire dit de l’évolution des mobilités vers la Corée

Un autre aspect mérite d’être souligné : la nature même de la présence étrangère en Corée du Sud. Depuis plusieurs années, le pays attire un public international très varié, des fans de musique et de séries aux patients du tourisme médical, en passant par les étudiants en langue, les professionnels du numérique ou les chercheurs. La venue de responsables vietnamiens dans une école régionale de pompiers ajoute une pièce supplémentaire à ce puzzle. Elle montre que le séjour en Corée n’est plus réductible à la consommation culturelle ou au loisir ; il devient aussi une expérience d’apprentissage institutionnel.

Pour un média francophone couvrant la culture coréenne, cette évolution est importante. Elle invite à élargir le regard sur la Corée contemporaine. La Hallyu ne se résume pas à un soft power de divertissement. Elle a préparé le terrain d’une curiosité plus large pour la société coréenne, ses normes de travail, son système éducatif, son sens de l’organisation et son rapport à la modernité. Beaucoup de visiteurs qui franchissent aujourd’hui les portes du pays pour des raisons professionnelles le font aussi parce que la Corée est devenue lisible, désirable et identifiable à l’échelle mondiale.

En termes européens, on pourrait dire que la Corée du Sud suit une trajectoire comparable à celle de certains pays qui, après avoir séduit par leur culture, acquièrent une crédibilité dans l’ingénierie institutionnelle. On vient d’abord pour le cinéma ou la musique, puis on s’intéresse à l’école, aux hôpitaux, aux transports, aux politiques urbaines. Ce déplacement du regard est un signe de maturité internationale.

Le cas de Taebaek a donc une portée symbolique. Il raconte une Corée provinciale, technique, studieuse, qui n’a rien de spectaculaire mais qui participe elle aussi à l’image du pays. Il rappelle qu’une nation se fait connaître autant par ses concerts que par ses centres de formation, autant par ses stars que par ses instructeurs, autant par ses contenus culturels que par ses capacités à résoudre des problèmes concrets.

La sécurité publique comme terrain d’influence durable

Au fond, ce qui se joue dans cette formation dépasse largement le seul cadre d’une remise de certificats. La coopération entre la Corée du Sud et le Vietnam dans le domaine des pompiers met en lumière une tendance de fond : la montée en puissance de l’expertise publique comme instrument d’influence internationale. Dans un monde soumis à la multiplication des risques, les pays capables de former, d’organiser et de transmettre dans le domaine de la protection des populations disposent d’un atout majeur.

Le choix de former des responsables et des universitaires vietnamiens n’est pas anecdotique. Ce sont eux qui, demain, seront susceptibles de transformer des pratiques, d’inspirer des cursus et d’améliorer la coordination sur le terrain. Le bénéfice de ce type de stage n’est pas toujours immédiatement visible, comme peut l’être l’inauguration d’un bâtiment ou la signature d’un contrat industriel. Il se mesure dans la durée, au fil des interventions mieux structurées, des gestes plus sûrs, des décisions plus rapides et des vies potentiellement sauvées.

Pour la Corée du Sud, l’enjeu est aussi narratif. Le pays cherche de plus en plus à être reconnu non seulement comme une puissance culturelle ou industrielle, mais comme un partenaire complet, capable d’offrir des solutions dans des secteurs sensibles. La sécurité civile s’inscrit parfaitement dans cette ambition, parce qu’elle touche à l’intérêt général, à la confiance dans l’État et à la qualité du service public.

Reste évidemment une limite que toute lecture rigoureuse doit rappeler : à ce stade, les faits établis portent sur la tenue du 5e programme, sur le nombre de participants, sur les thèmes enseignés et sur la volonté affichée de renforcer la coopération bilatérale. Il faudra du temps pour mesurer comment ces apprentissages seront réinvestis sur le terrain vietnamien ou dans les cursus de Hanoï. Mais même avec cette prudence, l’importance de l’événement apparaît clairement.

À l’heure où l’on parle beaucoup de puissance douce, d’image internationale et d’attractivité, cette séquence venue de Taebaek offre une leçon utile. Le rayonnement d’un pays ne se joue pas seulement dans les salles de concert, les festivals ou les plateformes de streaming. Il se construit aussi dans des salles de cours, sur des terrains d’exercice, autour de procédures minutieusement répétées et de compétences patiemment transmises. La Corée du Sud, ici, exporte moins un rêve qu’une méthode. Et dans le domaine de la sécurité, c’est peut-être l’une des formes d’influence les plus solides qui soient.

Source: Original Korean article - Trendy News Korea

Enregistrer un commentaire

0 Commentaires