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En Corée du Sud, des éventails calligraphiés par des apprenants en situation de handicap redessinent le visage discret de la solidarité locale

En Corée du Sud, des éventails calligraphiés par des apprenants en situation de handicap redessinent le visage discret d

À Ulju, un geste modeste qui raconte une autre Corée sociale

Dans le sud-est de la Corée du Sud, loin des projecteurs braqués d’ordinaire sur la K-pop, les dramas ou les mégapoles hyperconnectées, une scène de vie locale vient rappeler qu’un pays se raconte aussi par ses gestes les plus modestes. À Ulju-gun, un district rattaché à la ville d’Ulsan, des participants en situation de handicap inscrits à un cours de calligraphie au centre de protection sociale pour personnes handicapées de la zone centrale ont remis à des personnes âgées fréquentant un gyeongnodang — ces foyers de quartier réservés aux seniors — des éventails décorés et calligraphiés à la main.

L’information, rapportée le 21 juillet 2026 par la fondation de protection sociale d’Ulju selon l’agence Yonhap, pourrait sembler minuscule à l’échelle de l’actualité internationale. Pourtant, elle dit beaucoup du fonctionnement concret des solidarités en Corée du Sud. Elle raconte une chaîne de transmission qui ne passe ni par les grandes déclarations politiques ni par les campagnes spectaculaires, mais par l’apprentissage, le temps long, le soin apporté à l’objet et la relation entre générations. Pendant près de cinq mois, de février à juillet, les apprenants ont travaillé leur écriture, leur sens de la composition et leur geste artistique avant de transformer le fruit de cet enseignement en objet utile pour l’été coréen.

À première vue, il ne s’agit que d’un éventail. En réalité, c’est bien plus qu’un accessoire saisonnier. C’est un support de message, un objet de proximité, un présent pensé pour être utilisé dans la vie quotidienne par des aînés. Et c’est surtout la preuve que les personnes en situation de handicap ne sont pas seulement envisagées comme bénéficiaires de services sociaux, mais comme actrices à part entière de la vie collective, capables d’apprendre, de créer et de donner à leur tour. Cette inversion du regard, subtile mais décisive, mérite qu’on s’y arrête.

Quand la formation ne s’arrête pas à la salle de cours

Le point de départ de cette initiative n’est pas un événement ponctuel monté à la hâte pour produire une belle photo institutionnelle. C’est un cycle d’apprentissage inscrit dans ce que la Corée du Sud appelle volontiers l’« éducation tout au long de la vie ». Cette notion, que l’on pourrait rapprocher en France de la formation continue, de l’éducation populaire ou de certains dispositifs municipaux d’ateliers culturels, est prise très au sérieux dans de nombreux établissements coréens, y compris dans les structures sociales de proximité.

Les participants du cours de calligraphie ont ainsi suivi plusieurs mois d’enseignement. Ils n’ont pas seulement appris à tracer de belles lettres. La calligraphie coréenne, dans ce type d’atelier, relève d’un art du rythme, de l’équilibre et de la présence. Elle suppose d’accorder la forme des mots, l’espace vide, parfois la couleur, et souvent des motifs dessinés qui prolongent le sens du texte. Dans le cas présent, les apprenants ont travaillé à la fois l’écriture et l’illustration, affinant patiemment leurs compétences avant de les inscrire sur des éventails destinés à des seniors du voisinage.

Ce détail est essentiel. Trop souvent, les politiques sociales sont jugées à l’aune du nombre de places ouvertes, d’heures dispensées ou d’usagers inscrits. Or l’expérience menée à Ulju montre autre chose : la valeur d’un programme ne se mesure pas seulement au fait d’y participer, mais aussi à la possibilité d’en tirer une capacité concrète à entrer en relation avec la société. Ici, la formation ne s’achève pas avec le dernier cours. Elle trouve son prolongement dans un geste adressé à autrui.

Pour un lecteur francophone, cette logique peut évoquer certaines initiatives associatives menées dans des centres sociaux, des maisons de quartier ou des établissements médico-sociaux en France, en Belgique, en Suisse romande, au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, lorsque des ateliers artistiques aboutissent à une exposition publique, à la confection d’objets solidaires ou à une action locale. Mais le cas coréen présente une singularité : l’enchaînement entre apprentissage, création et partage semble ici pensé comme un continuum naturel, et non comme un supplément facultatif. La production de l’objet et sa remise à la communauté font partie de la signification même de l’activité.

Sortir d’un regard réducteur sur le handicap

Le fait le plus marquant de cette initiative réside sans doute dans le déplacement symbolique qu’elle opère. En Corée comme ailleurs, les personnes en situation de handicap sont encore trop souvent perçues à travers le prisme de l’assistance, de la vulnérabilité ou des besoins à couvrir. Ces dimensions existent, bien sûr, et il serait absurde de les nier. Mais elles ne suffisent pas à décrire des citoyens qui ont aussi des aptitudes, des goûts, des aspirations et une volonté de contribution.

À Ulju, les apprenants ne sont pas restés dans la position de ceux à qui l’on propose un service. Ils sont devenus les auteurs d’un geste envers d’autres habitants du territoire. Ils ont fabriqué, choisi, transmis. L’un des participants a d’ailleurs expliqué, selon les éléments communiqués, qu’il avait l’habitude de suivre des programmes pour lui-même au centre social, mais que cette fois, le fait de créer pour des personnes âgées du quartier lui avait procuré un sentiment d’accomplissement particulier. Il a aussi exprimé le souhait de poursuivre ce type d’engagement à l’avenir.

Cette parole importe. Elle montre que l’estime de soi ne naît pas uniquement de la progression individuelle, mais aussi de la reconnaissance sociale. Apprendre une compétence est une chose ; sentir que cette compétence a de la valeur pour quelqu’un d’autre en est une autre. Entre les deux se joue une étape décisive de l’inclusion. Ce que révèle l’exemple d’Ulju, c’est que la participation sociale ne doit pas être pensée comme un horizon abstrait, mais comme une série de situations concrètes où chacun peut occuper un rôle identifiable.

Dans l’espace francophone, les débats sur le handicap insistent de plus en plus sur l’accessibilité, l’autodétermination et la pleine citoyenneté. L’expérience sud-coréenne rapportée ici entre en résonance avec ces préoccupations, tout en rappelant une vérité simple : les représentations changent aussi par les gestes ordinaires. Un éventail offert à une personne âgée ne bouleverse pas à lui seul l’architecture des politiques publiques. Mais il peut contribuer à faire évoluer le regard social, parce qu’il met en scène la personne handicapée comme créatrice, comme voisine, comme donatrice de temps et de talent.

Le choix de l’éventail, entre utilité quotidienne et délicatesse symbolique

Le support choisi n’est pas anodin. En plein été coréen, l’éventail demeure un objet familier, à la fois pratique et culturellement chargé. Il évoque les chaleurs humides de la péninsule, les gestes lents des aînés, l’attention portée aux objets du quotidien. Dans bien des sociétés asiatiques, l’éventail n’est pas seulement un instrument pour se rafraîchir ; il peut aussi devenir surface de création, support calligraphique, cadeau de saison, voire marque de courtoisie.

Pour un public français ou africain francophone, on pourrait comparer cette logique à celle d’un objet artisanal utile que l’on personnalise pour lui donner une valeur supplémentaire : un pagne brodé offert lors d’une fête familiale, un carnet illustré fabriqué dans un atelier, une poterie décorée par des élèves, ou encore un marque-page calligraphié conçu par une association. L’intérêt de l’éventail est précisément d’unir deux dimensions souvent séparées : l’usage concret et l’expression esthétique.

Les pièces réalisées à Ulju ne relèvent donc ni du simple souvenir ni de l’exercice scolaire rangé dans un dossier. Elles portent la trace d’un apprentissage long et d’une intention tournée vers le destinataire. L’objet circule ensuite dans un lieu lui-même chargé de sens : le gyeongnodang, espace communautaire où des personnes âgées se retrouvent pour passer du temps ensemble, discuter, se reposer ou prendre part à de petites activités du quotidien. Dans la Corée du Sud contemporaine, ces lieux jouent un rôle important dans la sociabilité des aînés, un peu à la manière de clubs du troisième âge, de foyers ruraux ou de maisons des seniors en Europe, avec toutefois un enracinement très fort dans la vie de voisinage.

Offrir des éventails à des usagers d’un tel lieu, c’est donc faire entrer l’apprentissage artistique dans la trame ordinaire de la communauté. Le geste n’a rien de monumental. Il est à taille humaine, presque domestique. Mais c’est justement cette échelle qui lui donne sa force. Là où certaines politiques culturelles peinent à relier création et vie concrète, ces éventails montrent comment un savoir acquis en atelier peut devenir un objet de présence dans le quotidien d’un autre.

Une rencontre entre générations, sans grand discours

L’autre dimension frappante de cette initiative tient à la relation qu’elle instaure entre deux groupes souvent rangés, eux aussi, dans des catégories d’action sociale distinctes : les personnes en situation de handicap d’un côté, les personnes âgées de l’autre. En temps normal, les institutions les abordent souvent comme deux publics à accompagner, selon des besoins spécifiques. L’épisode d’Ulju propose une autre lecture : celle d’un lien horizontal, où l’un offre à l’autre non pas une aide spectaculaire, mais une attention concrète et personnalisée.

Il y a là une forme de solidarité intergénérationnelle d’une grande sobriété. Pas de grande scène, pas d’événement massif, pas de communication tapageuse. Seulement des habitants d’un même territoire reliés par un circuit court de l’attention : un centre de formation sociale, un atelier, des mains qui tracent, des éventails qui prennent forme, puis un lieu fréquenté par des aînés où ces objets sont remis. Cette simplicité mérite d’être soulignée à une époque où l’on associe parfois la cohésion sociale à des dispositifs complexes ou à des projets coûteux.

Dans de nombreux pays francophones, la question du lien entre générations revient avec insistance. Vieillissement de la population en Europe, isolement des aînés, fragmentation urbaine, transformation des solidarités familiales : autant d’enjeux qui conduisent les collectivités et les associations à chercher de nouveaux formats de rencontre. La Corée du Sud connaît elle aussi un vieillissement rapide et s’interroge sur les façons de maintenir des communautés de proximité. L’histoire d’Ulju s’inscrit dans ce contexte plus large. Elle montre qu’un lien intergénérationnel peut naître non pas d’un discours sur les générations, mais d’un usage partagé du quotidien.

On peut également y lire une leçon sur la manière dont une société reconnaît la valeur des gestes non marchands. Les éventails offerts n’ont pas la valeur d’un produit vendu. Leur prix n’est pas ce qui compte. Ce qui compte, c’est la densité du temps qu’ils contiennent : des mois de progression, de concentration, de répétition, de choix esthétiques. Dans des économies modernes largement structurées par la performance et l’efficacité, cette valeur-là passe souvent sous les radars. L’action d’Ulju lui redonne une visibilité.

Le visage discret d’une protection sociale de proximité

Ce qui se joue à Ulju renseigne aussi sur une facette moins connue de la Corée du Sud. Vue de l’étranger, la péninsule est fréquemment associée à la puissance industrielle, à l’innovation technologique, à l’influence culturelle mondiale ou encore à la compétition éducative. Ces traits sont réels. Mais ils ne doivent pas masquer le travail patient des institutions locales, des fondations sociales et des centres de quartier qui tentent, à leur échelle, de retisser du collectif.

Le centre de protection sociale pour personnes handicapées de la zone centrale d’Ulju mène, selon les informations communiquées, des programmes d’éducation continue destinés à soutenir le développement personnel et la participation sociale des personnes en situation de handicap. Dit autrement, l’objectif n’est pas seulement de proposer une occupation, mais de créer des conditions d’autonomie, de confiance et d’inscription dans la cité. L’initiative des éventails apparaît alors moins comme une exception que comme l’illustration concrète d’une philosophie d’action.

Cette philosophie consiste à considérer que l’apprentissage n’a de sens plein que s’il ouvre une possibilité d’existence sociale. Il ne s’agit pas simplement d’accumuler des compétences, mais de faire en sorte qu’elles deviennent visibles, utiles, partageables. Dans le contexte coréen, cela prend la forme d’un bénévolat de talents, parfois désigné comme un partage de savoir-faire ou de dispositions créatives au bénéfice de la collectivité. La fondation d’Ulju a d’ailleurs indiqué vouloir poursuivre ce type d’activités à l’avenir, signe que l’événement n’est pas pensé comme un coup isolé.

Pour des lecteurs francophones, cette orientation peut rappeler l’idée d’« aller vers » chère au secteur social, ou encore les démarches d’inclusion par la culture menées dans certains territoires ruraux ou urbains. Mais la séquence coréenne ajoute un élément intéressant : elle montre qu’une politique de proximité peut être lisible sans être spectaculaire. Il ne s’agit pas ici d’une réforme nationale ni d’une campagne chiffrée. C’est une scène locale, presque minuscule, et pourtant porteuse d’une vision du bien commun.

Pourquoi cette histoire mérite l’attention au-delà de la Corée

Dans le flot de l’actualité mondiale, un tel épisode pourrait facilement être relégué au rang d’anecdote locale. Ce serait une erreur. D’abord parce qu’il donne accès à une réalité souvent moins visible que les grands récits sur la Corée contemporaine : celle des pratiques ordinaires de solidarité, des institutions intermédiaires et des formes de reconnaissance qui se construisent en dehors des vitrines internationales. Ensuite parce qu’il touche à des questions universelles : comment une société regarde-t-elle le handicap ? Que fait-elle de ses aînés ? De quelle manière l’apprentissage devient-il participation ? Comment des objets modestes peuvent-ils fabriquer de la relation ?

Ces questions ne concernent pas que la péninsule coréenne. Elles traversent tout l’espace francophone. En France comme dans plusieurs pays d’Afrique francophone, les dispositifs sociaux se heurtent souvent au même défi : éviter que les publics accompagnés soient enfermés dans une identité de bénéficiaires passifs. Les expériences les plus fécondes sont souvent celles qui permettent à chacun d’exercer une capacité reconnue, même à petite échelle. À cet égard, l’initiative d’Ulju parle un langage immédiatement compréhensible : celui de la dignité par l’action.

Elle invite aussi à reconsidérer notre manière de hiérarchiser les nouvelles. Les grandes tendances géopolitiques sont indispensables à comprendre. Mais le tissu moral d’une société se lit parfois mieux dans une salle d’atelier, dans une maison de quartier ou dans un foyer de personnes âgées que dans un discours officiel. Un éventail calligraphié ne changera pas le cours du monde. En revanche, il peut dire comment une communauté se représente elle-même : non comme une addition de publics séparés, mais comme un réseau de personnes capables de se rendre mutuellement présentes.

À l’heure où tant de démocraties s’interrogent sur l’érosion du lien social, la scène venue d’Ulju apporte un contrepoint discret mais précieux. Elle montre qu’une politique de l’attention peut naître d’un apprentissage lent, d’un artisanat accessible et d’une institution locale qui choisit de faire confiance aux capacités de ceux qu’elle accompagne. Dans cette histoire, personne n’est réduit à son manque. Chacun apparaît dans une relation : l’apprenant, l’aîné, le centre social, le quartier. Et c’est peut-être là, dans cette circulation des rôles et des attentions, que réside la part la plus intéressante de la nouvelle.

Une leçon de voisinage plus qu’un simple fait divers social

Au fond, l’événement d’Ulju n’a rien d’exotique, même s’il vient d’un contexte culturel spécifique. Il parle d’un sujet très familier à tout lecteur : la manière dont un territoire prend soin de lui-même. En France, on évoquerait peut-être l’esprit d’une commune où le centre social, l’atelier municipal et le club des aînés travaillent ensemble sans faire de bruit. En Afrique francophone, on y verrait aussi cette logique de proximité où la valeur d’un geste tient autant à l’objet offert qu’à la relation qu’il confirme. Partout, la même intuition demeure : une communauté tient souvent grâce à des actes modestes, répétés, incarnés.

La force de cette initiative est de ne pas prétendre résoudre tous les défis du handicap, du vieillissement ou de l’inclusion. Elle ne masque pas les difficultés structurelles, ni la nécessité d’un soutien public durable. Elle n’édulcore pas la réalité sociale derrière une jolie histoire. Mais elle apporte une démonstration concrète : lorsque l’on relie formation, expression artistique et utilité sociale, on crée un espace où la personne accompagnée peut devenir une personne qui contribue.

C’est ce basculement qui rend la scène d’Ulju si éclairante. Les éventails calligraphiés ne sont pas seulement de beaux objets d’été. Ils sont la forme visible d’un changement de perspective. Dans un monde social souvent organisé autour de cases administratives, ils rappellent qu’un citoyen n’est jamais réductible au service qu’il reçoit. Il est aussi ce qu’il apprend, ce qu’il transforme, ce qu’il transmet. Et parfois, il suffit d’un peu d’encre, de papier, de patience et d’un souffle d’été pour le rendre évident.

Source: Original Korean article - Trendy News Korea

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